La tension ne décroît pas. Entre l’Inde et le Pakistan, 140 millions d’habitants d’un côté, plus d’un milliard de l’autre, entre ces deux pays dotés d’armes nucléaires, la tension ne cesse au contraire de monter depuis dix jours, depuis l’assassinat, le 14 mai dernier, de 34 Indiens du Cachemire, territoire que ces deux puissances n’ont jamais cessé de se disputer. Alors, des deux côtés, on bat le rappel des troupes et tandis que le Premier ministre indien déclare le « moment venu de gagner la guerre », le Pakistan, lui, se dit « prêt à combattre toute agression ». Dans ces gesticulations, il y a beaucoup, bien sûr, de « retenez-moi », « retenez-nous ». Tout le monde s’active d’ailleurs à le faire mais la situation n’en et pas moins grave, très grave. Elle l’est, d’abord, car le président pakistanais est en position de faiblesse et que l’Inde est aujourd’hui gouvernée par des nationalistes hindouistes, par des hommes qui voudraient identifier l’Inde, Etat laïc, à sa religion dominante. D’un côté, donc, un gouvernement dont les racines plongent dans le fanatisme religieux et le désir d’affirmation nationale ; de l’autre, un président qui a, lui, fait le choix, depuis le 11 septembre, de se ranger aux côtés des Etats-Unis et de combattre ses propres fanatiques, les mouvements islamistes qui rêvent, eux aussi, d’affirmer leur pays en affirmant leur religion. Si le Premier ministre indien ne relève pas l’affront d’il y a dix jours, il se trahit et trahit son électorat. Si le Président pakistanais refuse l’escalade, il court, lui, le risque de se faire accuser de trahir l’intérêt national, de se coucher devant l’Inde, l’ennemi héréditaire, après avoir fait front avec l’Amérique, l’ennemi du moment. Aucun des deux ne veut la guerre mais l’Inde hausse le ton pour amener les Etats-Unis à faire pression sur le Pakistan ; le Pakistan dégarnit sa frontière afghane pour faire comprendre aux Américains qu’ils perdraient beaucoup à ne pas l’aider en calmant les Indiens et, d’heure en heure, la crise s’aggrave. Rationnellement parlant, elle devrait s’apaiser mais le problème est que le Cachemire symbolise à lui seul l’affrontement entre ces deux nations qui se sont séparées et formées en 1947, lorsque la Grande-Bretagne s’est retirée des Indes. Les Musulmans ont alors voulu se créer un foyer national, un Etat. Le déchirement fut atroce et dans cette chirurgie, le Cachemire, majoritairement musulman mais dirigé par une dynastie hindoue, a hésité entre les deux pays naissants et vite éclaté entre un Cachemire indien et un Cachemire pakistanais, transformés en Alsace-Lorraine du sous-continent. Depuis, la guerre n’a connu que des pauses. Le Cachemire est devenu la cause commune des islamistes et des services secrets pakistanais et, sur cet abcès, tout se greffe - la crise afghane, le grand combat américain contre le terrorisme, la volonté des islamistes de rebondir à la faveur d’un conflit général, l’affrontement régional entre l’Islam et l’Hindouisme, la rivalité, enfin entre deux Etats qui n’ont pas trouvé leur paix. Le Cachemire est aujourd’hui le point le plus chaud du monde, le premier théâtre peut-être, beaucoup le pensent, d’une guerre entre les deuxième et troisième religions du monde.

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