Georges Bush veut reprendre la main. Sur la défensive depuis des semaines, il va maintenant tenter de convaincre les électeurs américains et le monde qu’il sait encore pourquoi les Etats-Unis sont en Irak, ce à quoi ils voudraient y aboutir, comment et dans quels délais. Annoncé comme important, très attendu, le discours qu’il prononce ce soir en Pennsylvanie ne sera donc que le premier d’une série de six - six en un seul mois durant lequel il va, de surcroît, occuper le devant de la scène internationale à l’occasion du 60 ième anniversaire du Débarquement, de la réunion du G-8, du sommet de l’Union européenne et des Etats-Unis et de la réunion, fin juin, des dirigeants de l’Alliance atlantique en Turquie. D’une allocution à l’autre, Georges Bush s’efforcera ainsi de transcender les doutes et le rejet que suscite sa politique en affirmant qu’il ambitionne toujours d’instaurer la démocratie en Irak, de la promouvoir dans le reste du monde arabe et de favoriser un accord israélo-palestinien. Il veut, en un mot, prendre de la hauteur, parler long terme mais rien ne paraît devoir l’y aider. La vague de violences qui secoue l’Irak, premier problème, ne va pas s’apaiser dans les semaines qui viennent. Plus on s’approchera du 30 juin, date à laquelle les Etats-Unis devraient théoriquement remettre la souveraineté irakienne à un gouvernement provisoire chargé d’organiser des élections en janvier, plus les attentats devraient, au contraire, se multiplier. Les déflagrations risquent d’assourdir les discours présidentiels. Et il n’est pas encore prouvé, deuxième problème, que l’envoyé spécial des Nations-Unies, Lakhdar Brahimi, parvienne, comme prévu, à composer l’équipe qui devrait prendre les commandes de l’Irak dans cinq semaines. Les tractations se poursuivent. De nouvelles difficultés, surgissent à chaque instant et même en admettant - c’est possible - que Lakhdar Brahimi réussisse à former ce gouvernement provisoire, il faudra encore, troisième problème, que les Etats-Unis arrivent à faire approuver par le Conseil de sécurité le rôle qu’ils entendent conserver en Irak. Ce ne sera pas le moins difficile car tandis que de plus en plus de capitales souhaiteraient que l’Irak revienne immédiatement à une pleine souveraineté et que l’Onu y remplace les Etats-Unis, Georges Bush voudrait, lui, que les questions de sécurité continuent de relever du commandement américain. La Maison-Blanche doit faire circuler, dès aujourd’hui, un projet de résolution aux Nations-Unies mais les négociations seront difficiles et beaucoup de pays refusent à l’avance d’approuver un faux-semblant qui ne ferait, à leurs yeux, que compromettre l’autorité du Conseil de sécurité sans rien résoudre. Et puis, dernier problème, non le moindre, la vague de fuites et témoignages sur l’ampleur des tortures pratiquées en Irak n’est pas partie pour refluer. Chaque jour apporte de nouvelles révélations, toujours plus compromettantes pour le pouvoir politique, et ce ne sont pas des discours, pas même six, qui les arrêteront.

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