Dans l’expression « République islamique », chacun de ces deux mots compte. L’Iran est une république en ce sens qu’il a un Parlement et un Président, qu’ils sont, l’un et l’autre, élus au suffrage universel et que les élections y sont assez libres pour que les Iraniens aient pu porter à la tête de l’Etat, en 1997, un réformateur, Mohammad Khatami, le réélire quatre ans plus tard et lui avoir longtemps donné une majorité parlementaire. Le problème est que l’Iran est, en même temps, un Etat théocratique dans lequel, sous l’autorité d’un « Guide suprême », un pouvoir clérical encadre le fonctionnement de cette République, l’enserre dans un écheveau d’institutions politico-religieuses disposant de tous les moyens de récuser ses lois et d’interdire des candidatures. C’est ainsi que Mohammad Khatami n’a jamais rien pu faire, malgré le soutien des trois quarts de la population pour faire bouger l’Iran en huit ans de présidence. La Constitution lui interdisant de se représenter une seconde fois, il se retire exténué et l’élection de son successeur, dans moins d’un mois, le 17 juin, remet les projecteurs sur cette double nature de l’Etat iranien. Sur les 1014 candidats déclarés, le Conseil des Gardiens n’en a retenu que six, cinq conservateurs et un seul réformateur, le moins bien placé de son camp pour se faire élire. Le scandale et les protestations ont été tels – car il y a un espace démocratique en Iran – que le Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, a fait demander au Conseil des gardiens de réexaminer les candidatures des deux réformateurs les mieux placés, Mostapha Moïn et Mohsen Mehralizadeh. C’est un jeu classique. La mollacratie commence toujours par mettre la barre très haut, se réserve des gestes de conciliation et décide. En l’occurrence son choix est fait. Elle veut remettre en selle l’ancien Président Rafsandjani, le plus connu des cinq candidats conservateurs retenus, un homme de confiance des mollahs mais une très forte personnalité en même temps, autoritaire, bénéficiant de ses propres réseaux d’appui et aussi décidé à maintenir en place le régime qu’à intégrer l’Iran à l’économie mondiale. Alors que Mohammad Khatami était le Gorbatchev iranien, un homme sorti du sérail mais décidé à marcher vers la démocratie, Ali-Akbar Rafsandjani incarne lui une voie chinoise, maintien de la dictature politique, libéralisation économique et recherche d’un modus vivendi avec les Etats-Unis. Acceptée par les mollahs qui ne voient plus d’autre possibilité de conserver leur main mise sur un pays jeune et las d’eux, cette orientation est susceptible de réunir de nombreux suffrages car les élites urbaines ont compris que la démocratie, sauf révolution, n’était pas à l’ordre du jour et que la libéralisation économique pourrait au moins leur apporter un peu de vent frais et d’ouverture sur le monde. Tout laisse penser qu’Ali-Akbar Rafsandjani sera élu et il ne serait alors pas impossible que l’Iran tende la main aux Etats-Unis, à cette même Amérique qu’il défie aujourd’hui avec ses ambitions nucléaires mais avec laquelle il rêve d’un compromis historique lui assurant une place dominante dans la région en échange de son appui à la stabilisation de l’Irak et de ses voisins arabes.

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