Il y a une foule de territoires dans le monde qui se réjouissent, aujourd’hui, de l’indépendance du Monténégro. Républiques fédérées, régions autonomes ou aspirant à se séparer du pays dont elles font partie, ils voient dans le référendum de dimanche un motif d’espoir car il a, de fait, consacré l’idée que le principe d’autodétermination pourrait ne plus seulement s’appliquer aux pays colonisés mais à l’ensemble des peuples, aussi, qui veulent se séparer d’Etats dans lesquels ils ne se reconnaissent pas ou ne se reconnaissent plus. Ce frisson est d’autant plus puissant que l’indépendance des Monténégrins va très probablement précipiter celle du Kosovo qui, contrairement au Monténégro, n’était pas un Etat fédéré, ancien membre de la Fédération de Yougoslavie, mais une simple région de la Serbie à laquelle il est, jusqu’à présent, incorporé. Un précédent vient d’être créé et il sera sans nul doute exploité, aussi bien par des mouvements indépendantistes que par des Etats qui auraient un intérêt ou l’autre à favoriser le fractionnement de pays voisins. Le problème se posera, d’abord, dans les Balkans où les Serbes de Bosnie affirment déjà qu’il y aurait d’autant moins de raisons que ce qui sera bientôt accordé au Kosovo leur soit refusé puisqu’ils constituent, avec la Fédération croato-musulmane, l’une des deux entités juridiques de ce pays dans lequel les grandes puissances leur ont enjoint de rester alors qu’ils avaient toujours souhaité, depuis l’éclatement yougoslave, leur rattachement à la Serbie. Plus au Sud, la minorité albanaise de Macédoine va trouver là de nouveaux arguments servant sa cause mais il n’y a pas que dans l’ancienne Yougoslavie que l’onde monténégrine se fasse sentir. Incorporée, du temps de Staline, à l’Azerbaïdjan et en guerre depuis la fin des années 80, la région arménienne du Haut-Karabakh est aujourd’hui confortée dans sa lutte - comme l’est la République autoproclamée de Transdniestrie, région russophone de Moldavie, et comme le sont, surtout, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, deux territoires de la Géorgie dont la Russie soutient les aspirations indépendantistes pour contrarier le rapprochement entre la Géorgie et l’Otan. Le Kremlin a, là, de quoi se frotter les mains sauf que la Tchétchénie, République de la Fédération de Russie, pourra maintenant se réclamer du précédent monténégrin. La Turquie observait quant à elle l’évolution balkanique depuis de longs mois car, d’un côté, les chypriotes turcs pourraient demander à s’inspirer du Kosovo mais, de l’autre, les Kurdes pourraient s’appuyer, demain, sur l’évolution des Balkans. Quant à l’Europe occidentale, elle a également du souci à se faire car le référendum monténégrin n’est passé inaperçu ni des irrédentistes tyroliens d’Italie ni des indépendantistes catalans, basques et flamands. C’est une boîte de Pandore qui s’est ouverte dimanche.

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