"Il nous aide tous à débloquer la situation", a estimé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. « On progresse », a confirmé Nicolas Sarkozy sans excès de modestie et, de fait, son idée de « mini traité » maintenant rebaptisé « traité simplifié » est en train de s’imposer en seul moyen crédible de sortir l’Union de la panne dans laquelle l’a plongée l’échec du projet de Constitution. Ce n’est pas que cette proposition d’adoption, par voie parlementaire, de la seule partie institutionnelle du projet suscite l’enthousiasme. Il y a ceux, comme la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas, qui trouvent que c’est encore trop et voudraient bien profiter de la situation pour éviter que l’Union ne se dote d’un ministre des Affaires étrangères ou n’étende les domaines dans lesquels l’unanimité ne serait plus nécessaire à une décision. A l’inverse, il y a ceux, comme l’Allemagne ou l’Italie, comme la Commission également, qui ne se résignent pas ou, en tout cas, mal à un accord a minima. Avant-hier encore, le Président du Conseil italien, Romano Prodi, menaçait devant le Parlement européen d’opposer son veto à tout type de solution au rabais mais, l’un dans l’autre, oui, c’est vrai, l’idée du traité simplifié progresse et devrait pouvoir s’imposer, faute de mieux, au Conseil européen de la fin juin. Si cela s’avérait, l’Europe sauverait les meubles. De nouvelles institutions lui permettraient non seulement de fonctionner à 27 et bientôt plus mais d’aller aussi de l’avant. Ce serait infiniment mieux que rien mais les anciens traités, ceux qui avaient été réunis dans la troisième partie du projet constitutionnel et qui avaient suscité de telles oppositions en France resteraient alors en vigueur tandis que la Charte des droits fondamentaux, la deuxième partie, resterait, elle, en rade, sans vraie valeur juridique. Beaucoup des avancées permises par le projet de Constitution seraient ainsi remises à des jours meilleurs car ce n’est pas aux partisans de l’Europe sociale que l’enterrement de ce projet a donné la main. Triste. Dommage. Une occasion s’est perdue mais sur quel pied l’Europe pourrait-elle repartir une fois adopté ce traité simplifié ? L’heure n’est pas aux certitudes mais il est de plus en plus probable que l’Union fonctionne demain à plusieurs vitesses, que dans un cadre commun ceux des pays membres qui voudront aller plus loin plus vite le fassent sans attendre d’être suivis par tous. C’est déjà le cas avec la monnaie unique ou l’espace Schengen mais ce pourrait l’être beaucoup plus à l’avenir si la vieille idée, relancée hier par Nicolas Sarkozy, d’un gouvernement économique de la zone euro prenait forme. Ce n’est plus impossible et les pays de l’euro, travaillant dans ce cas à l’harmonisation de leurs politiques économiques, tendraient à former par là une avant-garde, une Union dans l’Union – la nouvelle locomotive dont l’Europe a besoin et qui s’esquisse en pointillés.

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