A lire les éditoriaux de la presse européenne, on a presque l'impression d'avoir échappé à l'apocalypse...

Par Anthony Bellanger.

Ce matin, vous tirez les leçons de la présidentielle autrichienne...

A lire les éditoriaux de la presse européenne, on a presque l'impression d'avoir échappé à l'apocalypse. Un exemple : celui du quotidien madrilène El País qui titrait « l'Europe a peur ». Un titre qui résonne tout particulièrement en France.

En fait, je dirai plutôt que « l'Europe s'est fait peur », parce qu'au fond la défaite de l'extrême-droite était plus prévisible qu'il n'y paraît. J'en veux pour preuve une carte électorale incroyable publiée par le ministère autrichien de l'Intérieur.

Elle montre, cette carte, une Autriche entièrement bleue, de la couleur du vote extrême-droite, et deux tout petits points jaunes : la capitale Vienne et l'extrême ouest du pays qui, eux, ont voté massivement pour le candidat écologiste.

Ces deux minuscules enclaves perdues dans une marée nationaliste et extrémiste, c'est la réalité européenne. En Europe, les trois-quart de la population vit dans des zones urbaines et le vote de ces villes suffit à renverser une élection.

Ce que vous voulez dire, c'est que ces villes votent contre l'extrême-droite...

C'est la réalité : plus les centre-urbains sont grands, moins le vote nationaliste, populiste ou extrémiste y est important. On retrouve cette « division du travail électoral » de Vienne à Budapest, de Varsovie à Paris et de Londres à Milan.

Les grands centres urbains sont déjà des melting pot s culturels et religieux, ce sont des pôles estudiantins, paneuropéens voire mondiaux et leur poids démographique ne cesse d'augmenter. En clair, le repli nationaliste ne les concerne pas.

Un autre exemple : depuis le lancement de la campagne du référendum britannique sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, on constate exactement la même fracture ville – campagne :

Londres la ville monde européenne par excellence, votera massivement pour le maintien dans l'Union. Et ce simple vote suffit à faire pencher la balance du côté du « in ». On en est à 47% en faveur du « in » et moins de 40% pour le « out ».

C'est un peu risqué tout de même, il peut se passer n'importe quoi d'ici le 23 juin...

Oui, vous avez raison : un attentat, une nouvelle vague de migrants, une bévue bruxelloise... N'importe quoi. Mais j'ai tendance à penser que ces citadins-citoyens européens sont plus résilients qu'on ne l'imagine.

Après tout, ils ont réussi pas plus tard qu'hier en Autriche à faire élire un candidat qui n'avait rassemblé au premier tour que 20% des voix ! En fait, il y a un danger : les citadins – citoyens d'Europe veulent changer d'ère politique.

Dans toute l'Europe, ils choisissent systématiquement de placer en tête ou d'élire des candidats hors système ou au parcours atypique. On l'a vu avec l'élection de Sadiq Khan, un maire musulman mais aussi, et surtout, issu de la classe ouvrière.

Il faut donc absolument renouveler en profondeur l'offre électorale pour ne pas se retrouver avec une élection où le seul facteur de renouvellement est l'extrême-droite, populiste et nationaliste. Suivez mon regard...

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