Où l'on voit que les attentats se poursuivront mais échouent à semer le chaos

Personnes rassemblées à Manchester pour rendre hommage aux victimes de l'Arena
Personnes rassemblées à Manchester pour rendre hommage aux victimes de l'Arena © AFP / Ben STANSALL

Cet attentat de Manchester n’est pas le dernier. Autant le dire, autant s’y attendre, il y en aura d’autres, tout aussi atroces, voire pires encore, car rien n’est plus dangereux et féroce qu’une bête acculée.

Daech perd pied

Né de la fusion d’anciens officiers de Saddam Hussein et les plus illuminés des islamistes syriens que Bachar al-Assad avait fait libérer à l’automne 2011 pour créer un monstre qui le ferait passer pour un moindre mal, l’Etat islamique en Irak et au Levant avait un objectif éminemment politique.

A cheval sur l’Irak et la Syrie, cette organisation voulait jeter les bases d’un nouvel Etat sunnite réunissant la minorité sunnite irakienne et les sunnites syriens qui sont eux majoritaires mais dominés par une minorité chiite à laquelle appartient la famille Assad. Il s’agissait de fonder un foyer national sunnite dans lequel les sunnites des deux pays puissent se gouverner eux-mêmes mais comme il fallait donner une identité à cet Etat dans lequel personne d’autre n’aurait sa place, Daech a opté pour une identité religieuse, version fanatique, et le nettoyage ethnique, massacres et réduction en esclavage pour des populations qui n’étaient pas sunnites mais chiites, chrétiennes, kurdes ou yazidies.

Ce projet avait d’abord connu un foudroyant succès car le fait est que tout le portait. Le régime syrien se gardait de combattre Daech parce qu’il préférait réserver ses bombes à l’insurrection et dire aux grandes puissances qu’elles avaient à choisir entre sa dictature et l’Etat islamique. Beaucoup des sunnites syriens et irakiens s’étaient laissé séduire par l’idée d’être enfin maîtres chez eux. Turquie et Arabie saoudite en tête, les Etats sunnites de la région apportaient une aide financière et militaire à Daech qu’ils voyaient comme un rempart à l’avancée de l’Iran chiite en Syrie. Quant aux grandes démocraties, France exceptée, elles se souciaient essentiellement de ne pas se laisser entraîner dans le conflit syrien et donc de n’y intervenir en aucune manière.

Ce qui a changé la donne est le niveau d’horreur atteint par Daech

Les mises en scène de décapitations, les femmes dites impies vendues comme esclaves, le recrutement de bombes vivantes en Europe, tout ce niveau d’effarante barbarie a fini par réunir contre Daech une coalition arabo-occidentale conduite par les Etats-Unis.

Trop lentement mais sûrement, Daech perd ses places fortes et recule. C’est la débâcle d’un monstre et le seul véritable espoir restant à cette organisation est de détruire les Etats européens en y suscitant, à coups d’attentats, une telle peur et un tel rejet de l’islam qu’ils se retournent contre leurs propres musulmans et plongent ainsi dans le chaos.

Cyniquement parlant, ce n’est pas mal vu, mais ça ne marche pas.

Populations et gouvernements savent ne pas confondre musulmans et terroristes et refuser le piège qui leur est tendu. Avec une intelligence collective proprement admirable, l’Europe garde son sang-froid mais, mobilisation policière ou pas, nous n’en avons pas fini avec l’horreur.

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