Le contre-exemple du Brexit pousse les Souverainistes à changer de tactique : ils ne visent plus la sortie de l’Union européenne, mais veulet constituer un groupe puissant pour paralyser son fonctionnement.

La première ministre britannique Theresa May quitte le 10 Downing Street, jeudi 23 mai, pour se rendre au Parlement, alors qu'elle risque de tomber dans les prochains jours.
La première ministre britannique Theresa May quitte le 10 Downing Street, jeudi 23 mai, pour se rendre au Parlement, alors qu'elle risque de tomber dans les prochains jours. © AFP / WIktor Szymanowicz / NurPhoto

C’est sans doute l’effet Brexit, mais il n’y a pas grand monde, aujourd’hui, pour faire campagne pour sortir de l’Union européenne. Il faut dire que le spectacle de l’agonie de Theresa May, qui vit sans doute ses derniers jours de première ministre, dans l’incapacité de faire approuver le plan de sortie négocié avec les 27, a de quoi refroidir.

La complexité d’un divorce à l’européenne, après des décennies d’intégration, est considérable ; tout comme le prix à payer pour retrouver une indépendance toute relative. Rien de tout ça n’avait été évoqué par les partisans du Brexit en 2016.

Le résultat est que les forces politiques qui se voyaient surfer sur la vague du Brexit pour entraîner d’autres Exit nationaux, ont fait plusieurs pas en arrière. Leurs électeurs ne suivent pas, malgré le désamour des peuples vis-à-vis du rêve européen.

En France comme ailleurs, seules des formations politiques très marginales préconisent encore la sortie de l’Union sur le modèle du Brexit.

Les anciens partisans de la sortie ont changé de tactique : lors du débat du deuxième tour de la présidentielle de 2017, Marine Le Pen avait eu du mal à formuler sa position sur la sortie de l’euro, et ça lui avait coûté cher. 

Jordan Bardella, la tête de liste du Rassemblement national, ne parle plus de sortie de l’euro ou de l’Union, pas plus que Matteo Salvini en Italie. Il cherche à constituer un groupe parlementaire souverainiste suffisamment puissant pour paralyser le fonctionnement des institutions. Au micro de France Inter en début de semaine, Bardella parlait d’ « infléchir » -c’était son mot- la politique européenne.

A l’autre bout de l’échiquier, Manon Aubry, la tête de liste de la France insoumise, évoque pour sa part la possibilité de ne pas respecter certains traités, quitte à provoquer une crise ; mais là encore, on ne parle plus de quitter l’Union, c’est plus soft, ou plus ambigu que le « plan B » de Jean-Luc Mélenchon en 2017, qui était rien de moins qu’une sortie de l’UE.

Il y a plus qu’une nuance, car si l’engagement à sortir de l’Union est clair et net, la promesse d’un « infléchissement » ou d’une réorientation est plus difficile à évaluer.

Les chances des souverainistes de parvenir à paralyser l’Union sont faibles, car même dans les pays où les europhobes ou eurosceptiques feront les meilleurs scores, comme l’Italie ou la France, ils sont loin d’obtenir la majorité. 

Le groupe souverainiste au Parlement européen sera vraisemblablement plus important que dans la précédente assemblée, malgré le scandale retentissant en Autriche qui a provoqué le départ des ministres d’extrême droite du gouvernement. Il ne sera pas assez gros, néanmoins, pour bloquer l’Union.

Le Brexit a sans doute eu cet effet vertueux de faire prendre conscience des risques du délitement d’une Europe qui, malgré tous ses défauts, garde sa raison d’être dans un monde de nouveau fondé sur les rapports de force. Mais attention, ceux qui la détestaient hier n’ont pas changé d’avis, ils ont simplement changé de tactique.

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