C’est le déblocage. Le Conseil européen qui s’ouvre demain à Bruxelles devrait s’achever par l’annonce, vendredi soir, d’une reprise des négociations sur le projet de Constitution en vue d’une conclusion sous deux mois, avant la fin juin. Cette percée tient, avant tout, à la défaite électorale de la droite espagnole car, dès lors que l’un des deux pays qui s’était opposé, en décembre dernier, à l’adoption du projet voulait, désormais, rattraper le temps perdu, l’autre, la Pologne, ne pouvait plus rester seul à faire durer l’impasse. Ce changement de donne a été décisif. C’est lui qui explique que le chancelier Schröder ait pu déclarer hier, à l’issue d’une visite à Varsovie, qu’un compromis était « nécessaire et possible » au cours de ce semestre mais les choses ne seraient probablement pas allées aussi vite sans l’ampleur des difficultés auxquelles se heurte aujourd’hui l’Amérique. La politique ayant horreur du vide, tout se passe comme si l’Europe était, aujourd’hui, conduite à resserrer ses rangs, à sortir de sa désunion et se ressaisir au même rythme que la paralysie gagne les Etats-Unis car elle les gagne, et de partout. Pris entre les exigences contradictoires et croissantes des Kurdes, des chiites et des sunnites, le président américain ne sait maintenant plus comment repasser à la date prévue, le 30 juin, la souveraineté de l’Irak aux Irakiens. Rien n’est prêt. Il n’y a pas de gouvernement national en place. La procédure qui permettrait sa désignation n’est pas définie. Plus grave encore, les autorités religieuses chiites maintiennent et renforcent leur opposition à la Constitution provisoire adoptée sous égide américaine et, pendant ce temps-là, en pleine campagne présidentielle, alors que John Kerry, le candidat démocrate, s’installe en tête des sondages, la politique de Georges Bush est attaquée par l’un de ses anciens collaborateurs, un de plus, le troisième à publiquement rompre avec lui. Après son ancien secrétaire au Trésor, Paul O’Neill, qui le dépeignait, en décembre, comme un « aveugle dans une pièce remplie de sourds », après David Kay, chef des inspecteurs américains en Irak, qui a démissionné en déclarant qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive à y chercher puisqu’il n’y en avait pas, c’est maintenant Richard Clarke, ancien responsable de la lutte antiterroriste à la Maison-Blanche, qui se fait procureur. A l’entendre, et on l’entend beaucoup dans la presse américaine, Georges Bush aurait gravement sous-estimé la menace d’Al Qaëda avant le 11 septembre et se serait ensuite focalisé sur l’Irak au détriment du démantèlement des réseaux islamistes. Un parfum de débâcle politique monte à Washington et, c’est sur cette toile de fond, qu’on a vu, coup sur coup, l’Europe réagir aux attentats de Madrid en prenant, d’emblée, des mesures communes, réussir à juguler, par une concertation immédiate de ses capitales, la reprise des violences au Kosovo et, maintenant, remettre en chantier ses institutions dans une connivence retrouvée. L’Europe se ressaisit car l’Amérique s’empêtre.

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