Trente six sièges ou quarante, les sondages varient mais pas plus que cela. Sauf coup de tonnerre que rien n’annonce, Kadima, le parti centriste qu’Ariel Sharon avait fondé il y a quatre mois, peu avant que la maladie ne le plonge dans le coma, devrait sortir grand gagnant des élections israéliennes de mardi prochain. Premier ministre par intérim, Ehud Olmert devrait ainsi devenir Premier ministre tout court et prendre la tête d’une coalition de centre gauche avec les Travaillistes et le petit parti Meretz, celui de la gauche la plus en pointe dans les contacts avec les plus modérés des Palestiniens. Une nouvelle page s’ouvre en Israël mais laquelle ? Ce ne sera plus celle du dialogue des années 90, plus celle, non plus, de l’intransigeance, de l’œil pour œil, dent pour dent, qu’avait longtemps incarnés Ariel Sharon, mais celle de la « séparation », inaugurée par le retrait de Gaza. Sauf si le Hamas, aux commandes des Territoires palestiniens depuis les élections de janvier, décidait soudain de rompre avec sa chartre, de reconnaître Israël, d’abandonner la violence et d’accepter l’idée d’une négociation, à moins, autrement dit, que l’improbable ne se produise, le futur gouvernement israélien va se retirer de Cisjordanie. Il conservera le contrôle des grandes colonies, de villes nouvelles créées près de Jérusalem, et de la vallée du Jourdain, de la frontière avec la Jordanie, mais se retira progressivement de la majeure partie de ce territoire, dessinant, par là, le long du Mur, les nouvelles frontières d’Israël. Il le fera unilatéralement, sans plus attendre un accord avec les Palestiniens, car le triomphe électoral du Hamas a achevé de convaincre les Israéliens que c’était la seule solution possible. Droite et gauche, les Israéliens convergent aujourd’hui sur cet objectif car la droite ne croit plus au Grand Israël que la gauche avait toujours combattu et que la gauche, depuis la victoire des islamistes, ne croit plus à la possibilité d’arriver avant longtemps à un compromis négocié avec les Palestiniens. A part l’extrême droite, personne ne plaide plus la poursuite de l’occupation car l’idée qu’elle était vaine, pernicieuse pour la démocratie israélienne et totalement néfaste à l’image internationale du pays s’est largement imposée dans un pays qui ne rêve plus que croissance et technologie. Il y a un nouvel Israël qui n’est plus celui des pionniers socialistes ni de la droite expansionniste mais celui des start up informatiques et de leurs jeunes ingénieurs qui vivent dans le XXI ième siècle et ne veulent plus engloutir le budget national et perdre leur temps dans des opérations de maintien de l’ordre auxquelles ils répugnent. C’est ce nouveau pays qui fait la force de Kadima mais, si cette « séparation » a des fondements sociologiques profonds et vaut mieux que le cycle attentats répression, elle n’est pas la paix. La séparation ne fermera pas plus les plaies des Palestiniens qu’elle ne leur donnera un Etat viable. Peut-être permettra-t-elle une période de tranquillité mais son unilatéralisme, un jour ou l’autre, suscitera de nouvelles violences. Israël est sans doute parti pour un nouveau moment de son Histoire mais il restera plus que jamais étranger à la région et ni les Palestiniens ni les Israéliens ne fonderont là leur coexistence.

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