Il ne veut décidément pas de sa victoire. Porte-drapeau d’une coalition qui a largement remporté les dernières élections israéliennes, Benjamin Netanyahu, le patron du Likoud, de la principale formation conservatrice du pays, veut si peut gouverner avec ses alliés de l’extrême droite et des partis religieux qu’après avoir vainement cherché l’appui du centre, il tentait, hier, de se rallier la gauche. Ouvertes le matin, les négociations ont repris le soir. On ne connait pas encore le contenu du compromis auquel elles ont abouti mais, en tout état de cause, l’accord trouvé sera difficile à concrétiser car autant le chef de file des Travaillistes, Ehud Barak, ancien Premier ministre et ministre sortant de la Défense, y est favorable, autant ses propres députés ne veulent pas en entendre parler. L’imbroglio politique est si complet que Benjamin Netanyahu a obtenu du chef de l’Etat un nouveau délai, jusqu’au 3 avril, pour se constituer une majorité, non pas celle dont il dispose, à droite, mais celle dont il voudrait, une majorité dite « d’union nationale » qui lui paraît clairement indispensable. Libéral pur et dur, Benjamin Netanyahu, d’abord, a besoin de cautions de gauche pour affronter les tensions sociales à venir car la crise économique a maintenant atteint Israël. Plus les jours passent, plus cette raison intérieure pèse sur le patron du Likoud mais son vrai problème se nomme Barack Obama. Le président américain l’a dit. Hillary Clinton, sa secrétaire d’Etat, l’a martelé : non seulement les Etats-Unis ne veulent pas que le blocage des négociations de paix persiste mais ils veulent qu’elles progressent, au plus vite, vers une coexistence de deux Etats le long des frontières de 1967. Aux yeux de Barack Obama, c’est la raison d’Etat qui le commande car il veut sortir l’Amérique des guêpiers irakien et afghan, qu’il a besoin pour cela d’un appui de l’Iran et qu’il espère donc parvenir à un compromis global avec la République islamique à la fois en lui promettant son intégration à l’économie mondiale et en la privant de ses relais régionaux, la Syrie, le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais. Pour l’Amérique, la marche vers un Etat palestinien est devenue une condition nécessaire d’un apaisement proche-oriental auquel elle tient absolument et Benjamin Netanyahu voit bien que le Premier ministre d’une coalition de droite et d’extrême droite serait immanquablement dans le collimateur des Etats-Unis dont les moyens de pression sur Israël sont considérables. Il lui faut la gauche ou le centre mais, à part Ehud Barak, ni la gauche ni le centre ne veulent le rejoindre car ils préfèrent le laisser aller à l’échec non seulement pour revenir au pouvoir mais surtout pour que les Etats-Unis imposent un règlement de paix auquel ni les Israéliens ni les Palestiniens n’arrivent, aujourd’hui, à parvenir seuls. Le pari d’Ehud Barak est qu’il pourra, dans ces conditions, obtenir tant de concessions du Likoud que les députés travaillistes finiront par le suivre. Peut-être... On verra.

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