Lorsqu’on ne laisse pas entrer les cameras, c’est qu’on ne veut pas se sourire. Quand on ne fait pas de déclaration finale, c’est qu’on a trop de désaccords pour les afficher et c’est donc portes fermées, loin de tout journaliste, que Barack Obama a reçu, hier, Benjamin Netanyahu. L’entretien a été long, 90 minutes. Le Premier ministre est ensuite resté deux heures de plus à la Maison-Blanche pour une raison qui n’a pas été précisée. C’est tout ce que la presse a pu apprendre mais beaucoup de choses s’étaient déjà dites, publiquement, depuis l’arrivée de Benjamin Netanyahu à Washington, quarante-huit heures plus tôt. Devant le congrès annuel de l’AIPAC, la principale organisation américaine de soutien à Israël, la secrétaire d’Etat américaine, Hilary Clinton, avait ouvert le feu en déclarant que le soutien à Israël était, pour elle, un « engagement personnel » mais que la responsabilité des Etats-Unis était de « reconnaître les mérites » de leur allié « quand il y avait lieu de le faire et de dire la vérité lorsqu’il le fallait ». « La poursuite des constructions à Jérusalem-Est et en Cisjordanie affaiblit la confiance mutuelle », avait-elle enchaîné en déclarant que « le statu quo n’était pas tenable » et que « toutes les parties, Israël compris, devaient faire des choix difficiles mais nécessaires ». C’était une réponse on ne peut plus carrée à Benjamin Netanyahu qui avait déclaré, lui, juste avant de prendre l’avion pour Washington, que « construire à Jérusalem, c’était comme construire à Tel-Aviv », autrement dit comme dans n’importe quelle ville israélienne puisque la position d’Israël est que les quartiers Est de Jérusalem dont aucun pays ne reconnaît l’annexion font partie de sa capitale, « une et indivisible ». Pas du tout, venait de lui dire Hilary Clinton et Benjamin Netanyahu, loin de reculer, a alors enfoncé le clou en martelant, devant le même congrès de l’Aipac : « Jérusalem n’est pas une colonie. C’est notre capitale » avant d’expliquer aux journalistes israéliens qui l’accompagnent que, « si les Américains soutiennent les demandes déraisonnables des Palestiniens sur un gel des constructions à Jérusalem, le processus politique risque d’être bloqué pendant un an ». C’était une fin de non-recevoir à laquelle le département d’Etat rétorque immédiatement, par la voix de son porte parole, que « la question du statut final de Jérusalem doit être résolu par la négociation » et que « les deux parties auront à faire des compromis sur Jérusalem, les réfugiés, les frontières et un certain nombre d’autres dossiers ». C’est là qu’on en était avant les entretiens à huis clos du Bureau ovale. Américains et Israéliens protestent de leur inébranlable amitié mais c’est une crise. Elle n’ira évidemment pas jusqu’à une rupture entre les deux pays mais le fait est que, depuis son élection, Barack Obama n’a pas cessé de faire monter la pression sur Benjamin Netanyahu, que le président américain vient de sortir renforcé de sa victoire sur la réforme de la couverture médicale et que le Premier ministre israélien ne bénéficie, lui, d’aucun soutien international puisque toutes les grandes puissances font front, contre lui, avec les Etats-Unis.

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