Il y a une colère contre la France. Les milieux politiques allemands, à droite surtout, dans la coalition au pouvoir, ne lui pardonnent pas d’avoir créé un fait accompli sur la Libye. « Vous rendez-vous compte, entend-on partout, que votre président ne nous a même pas avertis et encore moins consultés avant d’annoncer que la France reconnaissait l’opposition libyenne, envoyait un ambassadeur à Benghazi et allait demander à l’Onu d’autoriser une intervention militaire contre Kadhafi ? Vous rendez-vous compte qu’il a fait cela à la veille d’un Conseil européen, de l’instance dans laquelle nous sommes censés, nous l’Europe, décider en commun et tenter de promouvoir une politique étrangère commune ? ». Les Allemands ne pardonnent pas ce cavalier seul de la France dans lequel ils ne voient que préoccupations de politique intérieure et désir de la « grande nation » de se promouvoir sur la scène internationale en jouant son jeu propre mais, en même temps, l’Allemagne est mal à l’aise. Dès qu’on pousse un peu la conversation, on sent ici une gêne. Les Allemands n’aiment guère que leur abstention au Conseil de sécurité les ait rangés, aux côtés de la Chine et de la Russie, contre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, contre le grand allié américain et les deux autres puissances européennes. Non seulement les dirigeants allemands se sentent là en mauvaise compagnie et un peu seuls mais ils n’aiment pas faire, à leur tour, cavalier seul en Europe et dans l’Alliance atlantique et cela d’autant moins que, contrairement à ce qu’ils avaient pensé, leur opinion publique ne les suit pas puisqu’un sondage vient de monter que les trois cinquièmes des Allemands considèrent que leur pays auraient du soutenir la résolution du Conseil de sécurité et intervenir en Libye. La coalition allemande est prise en porte-à-faux mais que s’est-il passé pour que l’Allemagne se démarque ainsi de ses alliés ? La réponse est que la coalition des droites est en perte de vitesse, que 2011 est une année d’élections dans les Länder, les régions constituant la fédération allemande, et que le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, chef de file des alliés libéraux de Mme Merkel, a considéré qu’il pourrait remettre en selle son parti, encore plus affaibli que les démocrates-chrétiens, en surfant sur le pacifisme. Il s’était dit qu’il allait réitérer le redressement qu’avait opéré la gauche social-démocrate en s’opposant à la guerre d’Irak. La presse l’avait, à l’époque, conforté dans ce pari car elle écrivait alors que le Libye serait un nouvel Afghanistan dans lequel des dizaines de soldats allemands trouveraient la mort mais le vent a tourné depuis. Depuis que la presse allemande a réalisé qu’il n’avait jamais été question d’une intervention terrestre et que la résolution de l’Onu a sauvé Benghazi d’un massacre annoncé, la presse et l’opinion se sont retournées contre le ministre des Affaires étrangères et contre Angela Merkel qui avait cédé à ses pressions bien qu’elle n’ait pas été d’accord avec lui. Fondamentalement pacifique car elle est hantée par son passé, l’Allemagne n’est plus très à l’aise avec son pacifisme.

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