Où l'on voit ce que les Européens auraient à perdre au délitement de l'Union

Où l'on voit ce que les Européens auraient à perdre au délitement de l'Union
Où l'on voit ce que les Européens auraient à perdre au délitement de l'Union © Getty / WALTER ZERLA

Plus personne ne s’extasierait aujourd’hui de ce qu’il y ait l’eau et le gaz à tous les étages. Pas si vieux que cela, c’est un progrès que l’on considère désormais comme un acquis tout aussi indiscutable que l’école pour tous et il en va de même pour l’Europe.

Cette unité européenne dont on fêtera demain le soixantième anniversaire paraît tellement acquise que l’on n’en voit plus que les faiblesses, immensément nombreuses, sans plus voir tout ce qu’elle a apporté et garanti, loin de toute évidence.

Ce que les Européens auraient à perdre au délitement de l'Union

Sans le Marché commun, le boom économique de l’après-guerre n’aurait pas eu la même ampleur, celle qui avait permis les Trente Glorieuses et la constante progression des protections sociales et du niveau de vie.

Sans la première politique commune que fut la politique agricole, il n’est pas du tout certain que l’Europe ait pu assurer son autosuffisance alimentaire et encore moins que l’agroalimentaire ait tant compté dans les exportations françaises.

Sans l’unité européenne, ses règles et ses traités, l’écroulement de l’empire soviétique aurait inéluctablement débouché sur des guerres au cœur de l’Europe car il n’aurait pas été possible de dire aux pays d’Europe centrale qu’ils devaient renoncer à toute revendication territoriale s’ils voulaient, comme ils le désiraient tant, intégrer l’Union.

Sans cette unité et ses normes industrielles et environnementales, les pays européens n’auraient rien pu faire pour s’opposer, comme ils le font insuffisamment mais le font, à l’importation de produits ne répondant pas à leurs exigences.

Sans cette unité, les multinationales n’auraient pas à tenir compte des législations d’un marché de plus de 500 millions de personnes qu’elles ne pourraient en aucun cas ignorer.

Sans cette unité, la protection sociale européenne, cet Etat providence qui n’est nulle part aussi développé que dans les pays de l’Union, aurait depuis longtemps été battue en brèche sous la pression d’un argent qui ne connaît plus, lui, aucune frontière.

L’Union n’est pas, non, quoi qu’on en dise, le cheval de Troie de la régression sociale. Elle est, au contraire, le rempart de nos modèles sociaux et l’ensemble, aussi, dans lequel les libertés et la démocratie, imparfaites bien sûr car elles le sont toujours, sont les plus solides et les mieux protégées au monde.

A 60 ans demain, cet ensemble paraît pourtant bien menacé.

Il l’est car énormément d’Européens craignent tant les évolutions internationales qu’ils voudraient se barricader dans les frontières d’antan mais s’il n’y a plus de majorité pour défendre l’Union, il n’y en a pas, non plus, pour vouloir la défaire.

On est dans un entre-deux et face à des menaces extérieures croissantes, et ce dont l’Union a aujourd’hui besoin pour se relancer c’est de réalisations concrètes, de projets industriels et d’investissements communs, d’une Défense commune, d’une recherche et de grandes Universités européennes, d’une politique et d’une transition énergétiques communes.

On y va. On y vient enfin et c’est pour cela, car tout le monde n’est pas partant pour tout, que l’Union avalisera demain le principe de rythmes et d’objectifs différenciés permettant à ceux qui veulent aller plus loin, plus vite, de le faire, à plusieurs.

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