Big data, intelligence artificielle, géolocalisation… Dans les pays asiatiques, la Chine mais aussi la Corée du Sud et Taiwan, la technologie a joué un rôle important dans la lutte contre l’épidémie. L’Europe est moins réactive.

A Taiwan, des fonctionnaires chargés de la sécurité sanitaire, tablette à la main, font un exercice anti-Covid-19, le 14 mars à Taipei.
A Taiwan, des fonctionnaires chargés de la sécurité sanitaire, tablette à la main, font un exercice anti-Covid-19, le 14 mars à Taipei. © AFP / Hiroyuki Sugiyama / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Comment l’épidémie s’est-elle répandue dans le reste de la Chine et dans le monde entier, à partir de son épicentre de Wuhan ? Le New York Times a eu accès aux données des téléphones portables des habitants de Wuhan en décembre et en janvier, dans les semaines qui ont précédé les mesures de confinement, quand les autorités locales étouffaient encore les informations sur l’apparition de ce virus inconnu. 

Le résultat est une spectaculaire visualisation qui révèle les déplacements de millions de personnes vers Pékin, Shanghai, Séoul, l’Amérique ou l’Europe ; qui montre aussi, comment les dégâts auraient pu être limités par une alerte plus rapide.

Cet usage de la technologie, avec la masses de données disponibles, permet de mieux comprendre ce qui s’est passé ; il permet, aussi, de lutter plus efficacement contre la propagation du virus. 

Certains pays en font un usage important, la Chine bien sûr, qui a déployé depuis des années des technologies de surveillance qui ont servi, ici, au contrôle social destiné à faire respecter le confinement. Mais d’autres pays d’Asie, plus démocratiques, comme la Corée du Sud ou Taiwan, y ont également recours, avec un succès certain. C’est en partie comme ça, en plus de tests massifs, que la Corée du Sud a contenu l’épidémie sans en passer par le confinement ; et que Taiwan a réussi à l’éviter malgré ses échanges nombreux avec la Chine.

L’Europe est, là encore, plus lente, et ce n’est pas l’apparition des drones de la police en France qui change réellement la donne.

En Corée du Sud et à Taiwan, la géolocalisation des téléphones portables a permis de remonter la piste des personnes contaminées, et de retrouver leurs contacts des jours précédents.

La surveillance des smartphones, encore, permet de surveiller les personnes mises en quarantaine. Éloignez-vous de chez vous à Taipei si vous êtes confiné, et vous serez vite rappelé à l’ordre. Des bots, des programmes automatisés, vous contactent régulièrement, pour vous demander votre température et vérifier que vous êtes bien là… 

Le big data, l’intelligence artificielle, et la géolocalisation ont permis aux autorités taiwanaises de faire à la fois de la prévention, mais aussi d’offrir des informations. A Taiwan, les données officielles ont été ouvertes et permettent, par exemple, de connaître les stocks de masques, pharmacie par pharmacie.

Les sociétés asiatiques se révèlent bien plus réactives que l’Europe à adapter des technologies existantes à une nécessité urgente. Elles sont aussi plus tolérantes face à des technologies intrusives dans nos vies privées, comme cette application officielle à Singapour qui donne carrément l’adresse des personnes contaminées. 

L’historien israélien Yuval Noah Harari, l’auteur de "Sapiens" et "Homo Deus", s’inquiétait, dans le Financial Times la semaine dernière, de la généralisation de cette « surveillance sous la peau », selon sa formule. Et, effectivement, ces technologies sont à double visage, potentiellement liberticides. 

Mais au milieu d’une pandémie comme le Covid-19, qui refusera qu’elles soient déployées si elles permettent d’en accélérer l’issue ? Il sera toujours temps de s’inquiéter après…

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.