Seule certitude après une nuit électorale agitée : ces quatrièmes législatives en deux ans n'ont pas été aussi décisives que l'espérait Benyamin Netanyahou, l’éternel premier ministre qui clive les électeurs.

Partisans du Likoud de Benyamin Netanyahou célébrant mardi soir le résultat de leur parti arrivé en tête des élections législatives, sans garantie de pouvoir former une coalition
Partisans du Likoud de Benyamin Netanyahou célébrant mardi soir le résultat de leur parti arrivé en tête des élections législatives, sans garantie de pouvoir former une coalition © AFP / menahem kahana / AFP

Si ces élections législatives israéliennes avaient été un référendum sur la campagne de vaccination, Benyamin Netanyahou aurait triomphé haut la main, Israël détenant le record du monde du pourcentage de sa population déjà vaccinée. Mais ce quatrième scrutin en moins de deux ans était, une fois de plus, focalisé sur la personnalité clivante de ce premier ministre à l’exceptionnelle longévité - et sur rien d’autre.

Les sondages « sortie des urnes », hier soir, donnaient un léger avantage au camp pro-Netanyahou, qui, à une ou deux voix près, pourrait être en mesure de former une coalition. Mais le résultat est trop serré pour que ces projections soient fiables. Le premier ministre sortant a encore une chance de gagner son pari - malgré ses casseroles judiciaires, malgré le désir de changement d’une partie de la population ; malgré, aussi, ses alliances douteuses pour sauver son pouvoir. Mais ces élections n’auront pas été aussi décisives qu’il pouvait l’espérer avec la reprise de la vie en Israël grâce aux vaccins.

Seule certitude : les tractations pour former une coalition prendront du temps : Israël en a l’habitude, car il y a tant d’intérêts -et d’égos- à faire cohabiter.

Ce scrutin a une nouvelle fois confirmé l’extrême polarisation de la société israélienne, pas comme autrefois sur une ligne de fracture droite-gauche ; certainement pas non plus sur les enjeux de la paix avec le voisin palestinien ; ou même sur les rapports avec les nouveaux partenaires de la péninsule arabique. 

Non, les électeurs devaient choisir s’ils étaient pro-Bibi -le surnom de Netanyahou- ou anti-Bibi. On l’adore, et on lui passe tout ; ou on le hait, et il est l’incarnation du mal : neutralité interdite. Et dans chaque camp, des drôles de cohabitations parfois contre-nature. 

Les partis anti-Netanyahou, de la droite à la gauche, n’ont en fait de commun que d’être contre sa personnalité écrasante ; tandis que ceux qui pourraient gouverner avec lui devront s’accommoder de la présence de la mouvance kahaniste, une extrême-droite raciste et homophobe, autrefois jugée infréquentable et que Netanyahou a aidé à entrer à la Knesset.

Derrière ces batailles, on retrouve un pays coupé en deux, entre d’un côté une population libérale, laïque, urbaine et éduquée, et de l’autre des Israéliens plus religieux voire ultraorthodoxes, habitant la périphérie, moins « européens ». Deux Israël qui ont du mal à « faire pays » ensemble.

Beaucoup d’Israéliens redoutent que Netanyahou et sa possible coalition ne s’en prennent aux contre-pouvoirs de la démocratie israélienne, la justice, la Cour suprême… 

Une évolution « illibérale » qui a déjà commencé. Selon Samy Cohen, chercheur au Ceri/Sciences Po et auteur d’un livre qui vient de paraître en France, « Israël, une démocratie en danger » (ed. Fayard, 2021), « l’érosion des valeurs libérales en Israël progresse par petites touches, de manière presque imperceptible (…) ; c’est, écrit-il, la menace la plus sérieuse qui pèse » sur l’État hébreu, bien plus, selon lui, « que les missiles du Hezbollah et les tunnels du Hamas ». 

C’est notamment ce qui fait d’Israël ce pays aux multiples visages : d’un côté Tel Aviv, l’innovation et une société qui vibre ; et à une heure de route, Jérusalem et son monde de plus en plus religieux, ou Hébron, en Cisjordanie, avec son apartheid et ses colons. Netanyahou s’est montré jusqu’ici le plus fort pour jongler avec toutes ces contradictions.

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