L’or noir n’assure pas seulement à l’Iran 80% de ses rentrées de devises. Il lui donne aussi un rôle de premier plan au sein de l’Opep, de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, et lui permet, par là, d’agir et peser sur la scène internationale. En Iran, tout ce qui touche au pétrole est naturellement stratégique mais ce n’est pas pour cette seule raison que le Parlement a rejeté un premier, un deuxième puis, hier, un troisième candidat à ce ministère-clé. Comme aux deux premiers, les députés ont trouvé tous les défauts de la terre au dernier en date des postulants, éconduit par 257 voix contre 77. Ils l’ont jugé incompétent, sans stature internationale, incapable d’accroître la production iranienne qui ne représente que 5,2% de la production mondiale alors que les réserves nationales sont évaluées à 12% des réserves du monde. Pire encore, le Parlement a opportunément découvert que Mohsen Tassaloti aurait, ce qu’il nie, une fille britannique et une carte de résidant aux Etats-Unis, mais ce que les élus lui reprochaient avant tout c’est de leur être présenté par le nouveau Président de la République, Mahmoud Ahmadinejad. Cela n’a, bien sûr, pas été dit, pas aussi clairement en tout cas, mais les couloirs du Parlement bruissaient, hier, devant la presse nationale et internationale, de récriminations contre un Président qui refuserait toute concertation avec la représentation nationale, voudrait partout placer des hommes à lui et éliminer tous les hauts fonctionnaires en place. Car le fait est là. Elu en juin dernier, intégriste pur et dur, sec, austère, cassant, Mahmoud Ahmadinejad fait aujourd’hui encore plus peur aux différents courants du régime des mollahs qu’il n’inquiète les capitales occidentales. L’Europe et les Etats-Unis lui reprochent d’avoir durci le ton dans les négociations sur le nucléaire et d’avoir renoué avec les appels à détruire Israël au moment même où une détente se cherche dans le conflit proche oriental. En Iran, le régime se demande, lui, s’il n’a pas accouché d’un Savonarole, prêt à revenir aux années de la Révolution. Les plus conservateurs l’avaient soutenu pour faire barrage aux réformateurs. Ils avaient voulu se servir de lui pour que le vent du changement n’ébranle pas trop la République islamique mais maintenant qu’il est aux commandes, porté au pouvoir par les plus démunis qu’avaient séduits ses dénonciations de la corruption et ses promesses de budgets sociaux, beaucoup des conservateurs se rapprochent des réformateurs qui, forts de ce retournement de situation, redonnent de la voix. Mohammad Khatami, le président sortant, dénonce « les groupes qui voudraient prendre la place de Ben Laden et des Taliban ». Hachémi Rafsandjani, l’homme fort du régime que Mahmoud Ahmadinejad a battu en juin, juge l’unité nationale « gravement atteinte » et tonne contre les « purges » et « la mise à l’écart des personnalités compétentes ». La bataille fait rage entre ceux qui voudraient, à un rythme ou l’autre, intégrer l’Iran à l’économie mondiale et ceux qui voudraient lui redonner un leadership, ravi par les sunnites d’Al Quaeda, sur les mouvements islamistes.

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