Le grand problème de notre époque est celui des approvisionnements énergétiques. La Russie est l’un des premiers réservoirs mondiaux de gaz et de pétrole. Face aux incertitudes proche-orientales, l’Europe a, donc, tout intérêt à conclure avec elle des accords de long terme lui assurant des livraisons régulières. C’est à cet effet qu’elle devait engager, aujourd’hui, à Helsinki, un processus de négociations devant sceller un accord de partenariat mais ces négociations ne s’ouvriront pas. Elles sont remises à des jours meilleurs car l’un des 25 membres de l’Union, la Pologne, y a opposé son veto. Jusqu’à hier matin, l’Union avait espéré le lever mais la Pologne n’a pas cédé et cette intransigeance dit beaucoup de choses sur l’état de l’Europe. Officiellement, la Pologne a dit « non » car son économie souffre, depuis un an, d’un embargo russe sur ses exportations de viande. L’affaire est embrouillée. La Russie affirme que les contrôles sanitaires polonais sont insuffisants et que Varsovie, surtout, fermerait les yeux sur des réexportations de viande en provenance de pays tiers, l’Ukraine notamment, où les conditions d’abattage seraient déplorables. Le grief n’est pas totalement infondé. Il ne l’a pas été en tout cas mais, quand on sait ce que sont les abattoirs russes, il fait sourire. Le problème est, d’abord, que la Russie fait payer à la Pologne son soutien à la volonté d’indépendance ukrainienne et, ensuite, que les exportateurs polonais en ont, un jour, eu assez de payer des pots de vin aux douanes russes qui ont alors su mobiliser le Kremlin en leur faveur car la corruption est ce qu’il y a de plus vertical en Russie. Tout cela est tristement dérisoire mais il n’y a, évidemment, pas que cela. Bien au-delà de ces histoires de maquignons, on butte, là, sur deux problèmes fondamentaux. Le premier est que la Pologne nourrit une profonde hostilité à l’égard de tout lien structurel entre l’Union et la Russie car elle garde de son Histoire une totale méfiance vis-à-vis d’un pays qui l’a trop longtemps asservie. Varsovie ne veut en fait pas de ce partenariat énergétique qui revient, à ses yeux, à mettre l’Europe dans la main de la Russie et le gouvernement polonais s’y oppose avec d’autant plus de détermination qu’il doit affronter, dimanche, un second tour d’élections municipales qui s’annoncent, pour lui, difficiles. Aux perceptions historiques différentes des différents membres de l’Union s’ajoute ainsi le poids croissant que les considérations de politique intérieure prennent, dans chaque pays, sur les démarches de l’Union. C’est vrai du dossier turc comme de ce dossier énergétique et l’on retombe, là, sur l’éternelle question de la règle de l’unanimité qui reste prévalente depuis le rejet du projet de Constitution. Tout se mêle dans un seul blocage et cela au moment même où, paradoxalement, 88% des Polonais, un record, se disent attachés à l’Union.

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