On ne peut pas faire moins neuf et les Républicains ne se privent pas de s’en gausser. Quadragénaire, noir, presque nouveau venu en politique – incarnation, en un mot, d’un changement dont il avait fait le premier de ses arguments de campagne, Barack Obama s’apprête à nommer à tous les postes clés non pas de nouvelles figures mais des chevaux de retour des ères Clinton et même... Bush. Sauf rebondissement, c’est Hillary Clinton qui devrait prendre la tête de la diplomatie américaine. Timothy Geithner, l’homme pressenti pour le Trésor, le ministère des Finances, est un ancien des années 90 et devrait avoir à travailler avec un futur conseiller économique de la Maison-Blanche qui n’est autre que l’ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, Lawrence Summers, dont il fut un collaborateur direct. On pourrait voir arriver au Commerce, Bill Richardson, ambassadeur aux Nations Unies et secrétaire à l’énergie de Bill Clinton. Le futur Conseiller à la sécurité nationale devrait être soit James Steinberg, ancien adjoint de l’homme qui occupait ce poste auprès de Bill Clinton, soit un général des marines, James Jones, ancien de l’Otan et sans préférence partisane connue. Quant au secrétariat à la Défense, il pourrait revenir soit à Richard Dantzig, ancien secrétaire à la marine de Bill Clinton, soit au sénateur républicain Chuck Hagel soit encore à Robert Gates qui occupe ce poste, en ce moment même. Les choses seront bientôt fixées mais la certitude est que Barack Obama va puiser ses ministres dans d’anciens viviers, parmi des hommes déjà connus. Il y a deux raisons à cela. La première est que Barack Obama ne veut pas répéter l’erreur commise par Bill Clinton qui, après sa première élection, était arrivé à la Maison-Blanche entouré de personnalités brillantes et neuves mais sans aucune expérience du pouvoir et des arcanes washingtoniennes. On l’a largement oublié aujourd’hui mais le résultat avait été un début de mandat catastrophique, une présidence qui n’embrayait pas et un Congrès qui ne suivait pas. Il avait fallu plus de six mois à Bill Clinton pour surmonter ce mauvais départ. Cela lui avait coûté l’abandon d’un de ses projets phares, l’instauration d’une couverture médicale pour tous les Américains, et Barack Obama veut donc des hommes qui soient immédiatement opérationnels. Sa deuxième raison est qu’il aura à gérer un héritage particulièrement lourd, deux guerres en cours, des relations détériorées avec la Russie et, bien sûr, une crise économique qui ne fait que commencer. S’il veut pouvoir autant innover qu’il le souhaite, il lui faut des relais dans les rangs conservateurs et dans la majorité démocrate, surtout, qui est loin d'être homogène. Pour négocier avec l’Iran, l’appui de Robert Gates qui défendait vainement cette option auprès de Georges Bush lui serait aussi précieux que celui d’Hillary Clinton qui y était hostile. Pour endetter encore plus les Etats-Unis – autre exemple – afin de lancer un plan de relance économique de plusieurs centaines de milliards de dollars, l’assentiment d’une partie au moins des Républicains ne sera pas superflu. Barack Obama cherche à fabriquer du consensus car la maison Amérique est à sauver.

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