Normalement, le Conseil de sécurité aurait dû se réunir dans l’heure. Normalement, il aurait dû condamner immédiatement ces quelques deux cents tirs d’artillerie lancés, hier, par la Corée du Nord contre un îlot frontalier de la Corée du Sud. Normalement, l’unanimité du Conseil aurait dû se faire sans attendre devant cette agression caractérisée et les victimes et dommages qu’elle a causés mais non. Le Conseil ne se réunira, au mieux, qu’aujourd’hui. Les grandes puissances qui le composent ne se hâtent que lentement et leur prudence dit toute leur impuissance, cette impuissance qui tend, partout, à devenir une donnée fondamentale de ce début de siècle. Les puissances sont impuissantes devant l’argent car le marché s’est mondialisé alors que les Etats ne gouvernent qu’à l’intérieur de leurs frontières. Elles sont impuissantes en Haïti, où France Inter organise demain une matinale spéciale, car elles ont craint d’être accusées de néo-colonialisme en plaçant ce pays sous tutelle le temps de le rebâtir. Elles sont impuissantes devant trop de dictatures car on ne peut pas les faire tomber sans prendre la responsabilité, économique et politique, de ce qui se passera ensuite et elles sont, une fois de plus, impuissantes devant la pire des dictatures qui soit, la Corée du Nord, qui peut commettre une tout impunité un acte de guerre que rien ne justifie. Issu du premier conflit de la Guerre froide qui avait coupé ce pays en deux, la Corée du Nord réunit tout ce qu’il y eut de pire dans les avatars du communisme. Des camps de concentration au culte de la personnalité, des famines récurrentes à la terreur permanente, rien n’y manque, pas même une dérive dynastique, mais ce régime ubuesque a de solides atouts parce qu’il a assez de missiles pour frapper une grande partie de l’Asie, bases américaines et Japon compris, qu’il pourrait détruire une bonne partie de la Corée du Sud avant d’être renversé par une opération militaire et que ses deux voisins, surtout, ne tiennent aucunement à le voir disparaître. La Corée du Sud n’en a nulle envie car un effondrement du régime nord-coréen l’obligerait à compromettre sa spectaculaire croissance et son niveau de vie en prenant en charge un pays avec lequel elle devrait, alors, se réunifier. Cela lui coûterait des centaines et des centaines de milliards. Elle serait aussitôt submergée par des millions de réfugiés auxquels elle ne pourrait pas fermer ses portes. Pour la Corée du Sud, la réunification impliquerait un tel bond en arrière et une telle instabilité qu’elle la souhaite dans le principe mais pas dans les faits. Quant à la Chine, elle ne veut pas non plus d’une Corée réunifiée car, fût-ce à long terme, elle ne veut pas voir naître une nouvelles puissance asiatique susceptible de renforcer, un jour, le front de tous les pays de la région qu’inquiète son ascension. Fort de cette réalité, le régime nord-coréen se dote donc de l’arme atomique, le proclame et multiplie les provocations comme celle d’hier, il joue avec le feu pour lancer un message clair. Aidez-nous à survivre, dit-il, financez notre terreur, faute de quoi, vous coulerez avec nous.

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