C’est comme on voudra. Les pessimistes diront que le monde est à la dérive. Ceux qui le sont moins, diront que le monde se cherche et se trouvera mais le fait est que jamais la scène internationale n’aura semblé aussi incertaine depuis la dernière guerre. Sans même parler des Etats-Unis, qui ne parviennent plus à résorber leur déficit, c’est maintenant l’Allemagne qui a peiné, hier, à placer ses emprunts, comme si tout ce qui était européen faisait maintenant fuir les investisseurs. La plus solide des économies mondiales ne parvient plus à emprunter autant qu’elle le voudrait et cela tient moins à l’irrationalité des marchés qu’au fait, bien réel, qu’ils ne savent plus qui dirige l’Europe et si quelqu’un même la dirige. L’Europe, sa monnaie commune et son unité sont aujourd’hui suspendues au compromis qui se cherche entre la France et l’Allemagne, entre une France qui voudrait que la Banque centrale européenne couvre les emprunts des pays les plus affaiblis de l’Union et une Allemagne qui refuse que l’Union ouvre la porte à l’inflation avant qu’une modification des traités n’empêche que la crise actuelle ne se reproduise en plaçant les budgets nationaux sous un contrôle européen commun. Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et le nouveau Premier ministre italien, Mario Monti, se retrouvent aujourd’hui pour en débattre à Strasbourg. Ou bien ils accordent leurs violons et mettent l’Union sur de nouveaux rails en ouvrant la voie à sa transformation en une fédération européenne, économique et politique, ou bien l’impensable devient possible et la monnaie commune se défait en défaisant l’Union. C’est un moment de vérité, pour l’Europe et pour le monde, et ce qui se passe dans les pays arabes n’est pas moins grave et incertain. Au Yémen, après 33 années de pouvoir et 9 mois de troubles, le président Saleh a enfin signé, hier, en Arabie saoudite, un texte en vertu duquel il abandonne ses pouvoirs à son vice-président tout en restant à la tête de l’Etat et le charge de former un gouvernement d’union avec l’opposition avant d’organiser des élections. Peut-être est-ce un retrait mais il est si peu clair que les manifestants qui campent au cœur de Sanaa se refusent à y croire et continuent à exiger une rupture nette et immédiate. La crise yéménite est loin d’être terminée et le parallèle est frappant avec l’Egypte. Au Caire, les militaires restés au pouvoir après avoir contraint Hosni Moubarak à démissionner sous la pression de la rue et des Etats-Unis ont maintenant accepté, face à la reprise des manifestations place Tahrir, d’organiser la présidentielle avant l’été et de rentrer alors dans leurs casernes. Ils ont fait un geste mais si peu décisif que les manifestations se poursuivent et grossissent malgré une répression de plus en plus brutale.L’Egypte tangue dangereusement et, parallèlement, non seulement la dictature syrienne ne désarme pas mais la France envisage maintenant, en accord avec les Etats-Unis, de créer des « corridors de sécurité » pour les civils, c’est-à-dire d’intervenir dans ce conflit avec l’appui de la Turquie limitrophe. La France joue là gros, très gros. C’est à son honneur mais le point d’interrogation n’est pas moins grand sur le monde arabe que sur l’Europe.

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