Avec bien trop, beaucoup trop, de retard mais aux dates prévues depuis l’été, les choses bougent enfin en Europe. Prenant enfin la mesure des dangers de déflation et cédant aux abjurations de la France, du FMI, des Etats-Unis, de la plupart des économistes et de la majorité surtout, des 28 pays de l’Union, l’Allemane ne fait plus obstacle à une relance volontariste des économies européennes et l’Union s’oriente ainsi vers des investissements d’avenir, à la fois paneuropéens, nationaux et franco-allemands.

L’affaire se jouera en trois temps. Après-demain mercredi, d’abord, la nouvelle Commission européenne présentera devant le Parlement de Strasbourg les grandes lignes du plan d’investissements de 300 milliards d’euros sur cinq ans que son président, Jean-Claude Juncker, avait promis de mettre en place alors qu’il n’était encore que candidat à ce poste. Avec la garantie de l’Union, c’est la Banque européenne d’investissements qui en sera la colonne vertébrale et les apports que feront les Etats membres devraient être décomptés de leurs dépenses budgétaires afin qu’ils puissent mettre la main à la poche sans dépasser les plafonds de déficit qu’ils se sont collectivement engagés à respecter.

L’objectif est d’investir dans des projets paneuropéens et dès le lendemain, c’est la France et l’Allemagne qui entrent en scène avec la publication des propositions d’investissements communs et de rapprochement de leurs économies sur lesquelles elles ont fait travailler deux économistes, français et allemand, Jean Pisani-Ferry et Henrik Enderlein. Il ne s’agira que de propositions faites par ces deux hommes mais, troisième étape, elles seront examinées et, pour plusieurs d’entre elles, endossées, mardi prochain, à Berlin, par les ministres de l’Economie et des Finances et les banquiers centraux des deux pays.

Ensuite viendront polémiques et tiraillements, aussi bien à Berlin qu’à Paris, puisque chacun trouvera, dans les deux capitales, qu’il y a là trop de ceci ou pas assez de cela mais, l’un dans l’autre, l’Allemagne en revient à un peu de Keynes et de relance budgétaire tandis que la France en vient à un peu d’Adam Smith et de déréglementation du marché du travail.

Comme toujours en Europe, c’est vers un compromis entre des visions différentes qu’on s’oriente et c’est tant mieux puisqu’on devrait maintenant sortir de l’absurde et stérile opposition entre les nécessités, d’égale importance, de remettre de l’ordre dans les comptes publics, de savoir dépenser pour assurer l’avenir et de déréglementer là - et seulement là - où l’accumulation de règlements et de protections en est venue à freiner la croissance. Ça ne se fera pas aisément mais ça devrait se faire car il y a urgence tant on a déjà bien trop tardé à insuffler ce minimum de mouvement, de cohérence et de relance aux économies européennes. Les choses bougent et il était temps.

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