L’Europe politique prend le pas sur l’Europe monétaire. Ce n’est pas le fruit d’une décision mais d’une situation. Ce n’est pas que les 28 chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union aient soudain résolu de favoriser cette évolution.

Non, c’est une conséquence des tueries du 13 novembre car, au-delà de leurs différences de regard sur le monde extérieur et de l’hostilité de plusieurs des Etats membres à tout nouvel approfondissement de l’Union, les dirigeants européens ont tous réalisé d’un coup qu’ils faisaient face aux mêmes défis internationaux - Daesh en l’occurrence mais il y en a d’autres, et qu’ils avaient donc à serrer les rangs devant des menaces tellement communes qu’elles pèsent aujourd’hui sur Bruxelles, la capitale commune.

Cela s’est vu mardi dernier lorsque, sans discussion aucune, les ministres européens de la Défense ont accepté la demande française d’application de l’article 42.7 du traité de Lisbonne qui prévoit qu’au « cas où un Etat membre serait l’objet d’une agression armée », les autres Etats de l’Union lui doivent « aide et assistance ». La France avait là en tête la mise à disposition de matériels sur les fronts africains où elle est engagée et la fourniture d’armes à ceux des insurgés syriens avec lesquels elle pourrait bientôt lancer des opérations conjointes contre Daesh. C’était demander à ses 27 partenaires de mettre une phalange ou plus dans des opérations extérieures dont la majorité d’entre eux n’auraient pas voulu entendre parler avant le 13 novembre mais c’est à l’unanimité que l’Union a accepté ce qui constitue de fait un précédent de Défense commune.

Cette évolution s’est aussi vue jeudi lorsque les ministres européens de l’Intérieur de la Justice ont adopté en quelques heures des mesures de sécurité commune et de renforcement des frontières extérieures de l’Union qu’il aurait auparavant fallu des années pour négocier en tenant compte du souverainisme des uns et des difficultés financières des autres.

Cette évolution s’est surtout vue lorsque les plus orthodoxes des capitales européennes, Berlin en tête, n’ont pas fait l’ombre d’une objection à l’augmentation des effectifs militaires et policiers en France qui vient pourtant creuser un déficit totalement proscrit par le Pacte de stabilité. La sécurité commune est passée devant le rétablissement commun des équilibres budgétaires, la politique devant les exigences financières et monétaires.

Et puis il y a le Portugal.

L’évolution de Sa scène intérieure portugaise n’a, bien sûr, rien à voir avec les attentats de Paris, elle n’en participe pas moins de ce changement d’atmosphère dans l’Union. A Lisbonne, une coalition de la gauche et des gauches de la gauche ne parait plus loin du pouvoir car, arrivés derrière la droite aux dernières élections, les socialistes ont choisi l’union des gauches contre une alliance avec la droite. C’est le rejet de l’austérité, et non pas de l’Europe, qui a commandé ce choix. La scène politique européenne continue de se diversifier au moment même où la politique y reprend les rênes.

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