Le premier ministre israélien s’est rendu secrètement en Arabie saoudite ce weekend, une coordination avant l’arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden et de ses velléités de relancer l’accord nucléaire avec l’Iran, l’ennemi commun des deux pays.

Officiellement, seul Mike Pompéo (à gauche), le Secrétaire d’État de Donald Trump, a rencontré le Prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman à Neom, en Arabie Saoudite. Mais Benyamin Netanyahou s’y trouvait aussi, secrètement.
Officiellement, seul Mike Pompéo (à gauche), le Secrétaire d’État de Donald Trump, a rencontré le Prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman à Neom, en Arabie Saoudite. Mais Benyamin Netanyahou s’y trouvait aussi, secrètement. © AFP / Bandar AL-JALOUD / Saudi Royal Palace / AFP

Il n’y a pas de photo de cet événement historique, et l’un des participants a démenti. Mais il n’y a pas de doute que Benyamin Netanyahou, le chef du gouvernement israélien, s’est bien rendu secrètement ce weekend en Arabie saoudite, pour rencontrer l’homme fort du Royaume wahhabite, le prince héritier Mohammed Ben Salman ; en présence également du Secrétaire d’État de Donald Trump, Mike Pompéo.

Il ne s’agit pas, comme avec les Émirats arabes unis et Bahrein, de reconnaissance diplomatique : c’est impossible tant que le vieux Roi Salman est vivant, il refuse sans accord sur les droits des Palestiniens. Mais le jeune Prince n’est pas sur la même ligne, et mène sa diplomatie parallèle, au point que la chercheuse Fatiha Dazi-Héni parle de « dualité à la tête de l’État saoudien », ce qui explique selon elle la gêne à l’annonce de cette visite par des fuites en Israël.

S’il ne s’agit pas de reconnaissance diplomatique, quel est le sens de cette rencontre ? La réponse n’est pas trop difficile à deviner : il s’est agi de l’élection de Joe Biden, et surtout de l’Iran, l’ennemi commun des dirigeants israéliens et saoudiens, le nouveau ciment des changements d’alliance au Moyen Orient.

Ces pays redoutent un changement de politique sur l’Iran, et il y a même, dans cette rencontre à trois -Israël, Arabie Saoudite et administration Trump finissante-, un message à peine voilé de mise en garde à l’égard du Président-élu américain, s’il s’avisait de changer de cap vis-à-vis de Téhéran.

Netanyahou a été plus explicite il y a quelques jours, en déclarant : « nous ne devons pas revenir à l’accord nucléaire de 2015 » avec l’Iran. Or c’est précisément ce qu’a prévu de faire, ou en tous cas d’essayer, Anthony Blinken, le futur Secrétaire d’État, qui était déjà dans l’administration Obama lorsque cet accord avait été conclu.

En 2015, Netanyahou avait tout fait pour l’empêcher, en vain. C’est Donald Trump qui lui a donné satisfaction en 2018, en retirant les États-Unis de l’accord. Il repart à l’assaut, mais avec une différence : il a désormais des alliés arabes de poids dans cette bataille.

Le monde de 2020 n’est en effet plus le même, avec l’émergence de puissances régionales qui s’émancipent : la Turquie en est un exemple éclatant. L’Arabie saoudite, qui, des décennies durant, a confié sa sécurité aux États-Unis, tout comme les Émirats arabes unis, s’affirment de plus en plus.

Joe Biden et son équipe parlent de rétablir un leadership américain sapé par l’actuel président, mais savent qu’il ne s’agira pas de recréer le monde d’avant Trump. Le dossier iranien sera donc un test important de crédibilité de la nouvelle administration.

Pour s’y préparer, les chefs de la diplomatie française, britannique et allemande, les Européens signataires de l’accord nucléaire, se sont réunis hier à Berlin. Ils poussent de leur côté à la résurrection de l’accord, sous conditions.

On le voit, la transition américaine commence à peine que tout le monde se prépare à l’ère Biden, pas nécessairement pour s’en réjouir.

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