Comment ne pas faire le parallèle entre les élections allemandes et cette présidentielle polonaise ? Partie gagnante, la démocratie chrétienne allemande avait perdu ses chances de reprendre les rênes du pays à la tête d’une coalition de droite lorsque Angela Merkel s’était soudain ralliée, au mois d’août, à l’idée d’un taux d’imposition unique quel que soit le niveau de revenus. Angela Merkel avait ainsi rompu avec le code génétique de son parti, l’économie sociale de marché, le mariage du capitalisme et de la protection sociale, et cette rupture libérale avait si bien refroidi les électeurs que la droite allemande doit maintenant gouverner avec la gauche. En Pologne, la situation était différente mais le rejet du libéralisme est tout aussi net. En Pologne, la gauche et le centre avaient perdu d’avance car quinze années de marche forcée vers l’économie de marché avaient successivement dégoûté les électeurs des centristes issus de Solidarité puis des ex-communistes qui avaient poursuivi, corruption en plus, la même politique de libéralisation que les anciens dissidents. Tout se jouait en Pologne entre deux partis de droite qui se sont engagés à gouverner ensemble mais se présentaient séparément devant les électeurs, les libéraux de la Plateforme d’un côté et Droit et Justice de l’autre, un parti catholique conservateur, social et nationaliste. C’était une droite contre l’autre et, dès les législatives de septembre, c’est la droite sociale, celle qui promettait de subventionner emplois et familles nombreuses, qui l’a emporté contre la droite libérale qui voulait, elle, réduire encore le rôle de l’Etat, supprimer ce qui reste de subventions et passer aussi à un taux d’imposition unique, exactement comme l’avait proposé Angela Merkel en Allemagne. Restait alors la présidentielle. Qui allait l’emporter de Donald Tusk, l’économiste libéral et policé, ou de Lech Kaczynski, maire de Varsovie, petit, rond et frère jumeau de Jaroslaw Kaczynski, le Président de Droit et Justice, le parti qu’ils ont fondé ensemble en 2001 ? Malgré la défaite des libéraux aux législatives, tout donnait la victoire à Donald Tusk. Les sondages l’annonçaient. Les additions aussi puisque les ex-communistes s’étaient ralliés à lui. La presse, surtout, car les journalistes, espèce jeune et urbaine, n’imaginaient simplement pas possible que la présidentielle soit remportée par un parti aussi traditionaliste, nationaliste, eurosceptique et obsédé par la « propagation » de l’homosexualité. Les libéraux ont, de fait, remporté le premier tour mais ils ont perdu, hier le second. En divorce avec ses partis, l’électorat de gauche a soutenu la droite sociale contre les libéraux. Les plus pauvres, les plus vieux, les moins urbains ont voté pour la protection sociale et contre le libéralisme et, comme le « non » en France, Droit et Justice l’a emporté en mobilisant pêle-mêle, des voix de droite et de gauche, un vote social et un vote nationaliste, réunis par un rejet commun de l’ouverture des frontières à des vents non maîtrisés. En Pologne comme en Allemagne et en France, les mêmes réflexes ont joué car, dans toute l’Union, d’Est en Ouest, les attitudes politiques européennes, l’attachement à la protection sociale en l’occurrence, sont profondément semblables.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.