Cette visite que Jacques Chirac entame, demain, à Pékin sera sa seconde visite d’Etat et son quatrième voyage en Chine depuis son élection de 1995. En douze ans de présidence, il se sera ainsi rendu à Pékin une fois tous les trois ans et l’exceptionnelle attention qu’il aura donc prêtée au plus peuplé des pays du monde ne tient bien sûr pas seulement à sa fascination pour les civilisations les plus anciennes. Avec un taux de croissance de quelque 10% l’an depuis un quart de siècle, la Chine est un marché incontournable, une puissance économique qui pèsera et pèse déjà lourd sur ce siècle. Présente sur ce marché où ses exportations ont augmenté de 27,5% au dernier semestre, la France y reste pourtant mal placée, loin derrière ses grands concurrents, et Jacques Chirac, en conséquence, veut tenter d’y favoriser l’industrie française en faisant valoir les atouts de PSA, d’Airbus, de la Société Générale, d’Areva, d’Alsthom et de tant d’autres entreprises dont les patrons, une trentaine au total, l’accompagnent à Pékin. C’est l’avenir de l’industrie nationale, son développement, ses emplois, ses parts de marché, que le Président de la République, comme il le doit, défend là mais si grand que soit cet enjeu, ce n’est pas le seul. Avec une telle croissance et une telle population, avec, de surcroît, un siège permanent au Conseil de sécurité, c’est-à-dire un droit de veto sur toutes les décisions de l’Onu, la Chine devient également une puissance politique de premier plan, tout aussi incontournable en diplomatie qu’en économie. Elle l’est sur le dossier iranien car elle ne veut ni qu’un dérapage incontrôlé de cette crise raréfie l’offre pétrolière dont dépend son industrie ni qu’une nucléarisation de l’Iran ne déstabilise la scène internationale alors qu’elle a besoin de stabilité pour que ses exportations puissent continuer d’asseoir son développement. Sur l’Iran, rien ne se fera contre la Chine et rien ne se fera, non plus, sans elle dans l’affaire nord-coréenne puisqu’elle est la seule à pouvoir faire entendre raison à ce régime qui ne survivrait pas sans elle mais ce n’est pas tout. Pétrole encore, la Chine s’implique chaque jour un peu plus au Proche-Orient et, pétrole toujours, elle est, chaque année, plus présente en Afrique où, cherchant de nouvelles sources d’approvisionnement, elle devient un acteur majeur, à l’égal au moins des deux anciennes puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne. Par son affirmation économique et, maintenant, politique, la Chine préfigure ce monde multipolaire dont la diplomatie française annonce depuis tant d’années la naissance et Jacques Chirac est profondément convaincu que l’influence et la place de la France et de l’Europe dans ce nouveau siècle seront largement proportionnelles à l’importance des liens qu’elles sauront, ou non, tisser avec Pékin. Ce n’est certainement pas faux et cette conviction l’habite si fort qu’il y a, dans ce voyage, comme un testament politique, un message à ses successeurs.

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