Et maintenant, la Suisse, même la Suisse. Il y avait déjà, ou déjà eu, le Front national en France, Haïder en Autriche, la Ligue du Nord en Italie, Pim Fortuyn aux Pays-Bas, d’autres mouvements semblables en Scandinavie qui, tous, surfaient sur le rejet des immigrés et sur des crises, surtout, d’identité nationale mais là, c’est au pays de la tolérance, de la Croix-Rouge et des grandes conférences internationales qu’un parti xénophobe et antieuropéen, l’UDC de Christoph Blocher, s’est imposé, dimanche, comme la première formation politique de la Confédération avec près de 30% des suffrages. Depuis, les 70% d’électeurs qui n’ont pas donné leur voix à cette mal nommé Union démocratique du centre sont en état de choc. « Comment est-ce possible ? Pourquoi ? » lit-on à longueur de colonnes dans tous les quotidiens mais la réponse n’est guère mystérieuse. La Suisse, c’était la neutralité, neutralité dans les conflits européens puis dans la Guerre froide, mais cette posture diplomatique n’a plus grand sens depuis que la guerre est un souvenir en Europe et que l’URSS a disparu. La Suisse, c’était, une Union européenne en miniature mais avec l’unité de toute l’Europe en marche, cette grande unité qui soudain cerne la petite Confédération, la Suisse ne sait plus trop ce qu’elle est – ce qu’est son identité propre dans un monde en tel changement. La Suisse, c’était encore un secret bancaire qui faisait sa prospérité mais maintenant que les paradis fiscaux se sont multipliés, les banques de Genève et de Zurich, elles-mêmes, ont perdu leur singularité. Comme tout le monde, la Suisse doit se redéfinir, trouver sa place et se retrouver des atouts et tout le pays en est ébranlé, tombé dans le banal désarroi de ce début de siècle. Là-dessus, c’était il y a dix ans, les guerres de Yougoslavie ont aimanté dans ce havre de paix, traditionnellement ouvert aux réfugiés, des Serbes, des Bosniaques, des Kosovars surtout, des populations qui ne sont pas encore ou mal intégrées, et un tiers maintenant de la Suisse rejette ces immigrés qui focalisent tout le trouble identitaire du pays. Le paradoxe est que ce triomphe de Christoph Blocher, riche industriel zurichois qui a marqué des points jusqu’en Suisse romande, vient menacer la dernière et la plus solide des spécificités helvétiques : le consensus national. En Suisse, pays historiquement fondé sur le compromis permanent entre les cantons et leurs vallées, la tradition veut que tous les partis gouvernent ensemble en siégeant tous au gouvernement, le Conseil fédéral qu’ils président à tour de rôle. Christoph Blocher continuera donc d’y siéger mais avec un tel poids désormais que le consensus helvétique en est sérieusement compromis. Il l'est d’autant plus que la Suisse à de délicates négociations économiques à mener avec l’Union européenne et doit confirmer, en 2009, l’accord de libre circulation qu’elle a conclu avec elle. L’UDC voudra-t-elle vraiment rompre avec cette Union qu’elle voue aux gémonies ? Que feraient alors les autres partis ? On ne sait pas. Avis de tempête sur l’Helvétie.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.