Le Dialogue Asie Europe, en anglais Asia Europe meeting – Asem – a été fondé il y a douze ans. Regroupant l’ensemble des pays de l’Union européenne, la Chine, le Japon, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Sud, la Mongolie et les 10 pays de l’Association des Nations du sud est asiatique, il se réunit tous les deux ans afin de promouvoir les relations entre les deux continents. L’Asem n’a jamais été très opérationnel mais, crise mondiale aidant, ses deux journées de réunion qui s’ouvrent, aujourd’hui, à Pékin, prennent un relief particulier. Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso veut en profiter pour explique aux dirigeants asiatiques, et tout particulièrement chinois, que la situation exige une « coordination sans précédent ». Président du Conseil européen, Nicolas Sarkozy entend, lui, profiter de ce hasard de calendrier pour obtenir le soutien de la Chine et de l’Inde à cette ambition de « refondation du capitalisme » qu’il souhaite faire prévaloir, dans trois semaines, au premier des sommets sur la réforme des systèmes monétaire et financier internationaux. Pour y amener Pékin et New Delhi, Nicolas Sarkozy va leur faire valoir qu’il appelle, depuis longtemps, à faire une plus grande place aux pays émergents dans les institutions et la gouvernance financières et que, là, ça y est, c’est le bon moment pour y parvenir. Il va leur proposer un troc : le soutien de la Chine et de l’Inde à l’instauration de règles internationales plus contraignantes et d’un pilotage mondial de l’économie mondiale en échange d’un soutien de la France et de l’Europe à leur montée en puissance qui est de toute manière, fait-il valoir, un fait accompli. Pour ces deux géants asiatiques, l’offre est séduisante. Nul doute qu’ils l’accueilleront avec intérêt mais on est, pourtant, encore loin d’une connivence eurasiatique car l’Europe n’est qu’un joker pour la Chine. Son premier partenaire, c’est l’Amérique, son principal marché, et c’est, d’abord, avec elle que les dirigeants chinois souhaitent définir une attitude commune face à la crise car, si la récession réduisait trop le volume des importations américaines, la Chine serait la première à en pâtir, condamnée qu’elle serait alors à fermer des usines et mettre au chômage un nombre considérable d’ouvriers. L’alerte se fait déjà sentir dans ses régions industrielles. C’est non seulement son économie mais, également, la stabilité de son régime qui sont en jeu et des conversations sont d’ores et déjà ouvertes entre Washington et Pékin. En quête de capitaux, les Etats-Unis incitent la Chine à continuer d’acheter des bonds du Trésor américain pour sauver ses exportations en renflouant l’économie américaine. Les Chinois sont très tentés de le faire mais tout aussi tentés d’y mettre une condition : la levée des restrictions sur leurs achats de haute technologie américaine. Dos au mur, menacée d’un grand dérapage, la Chine est paradoxalement courtisée de tous côtés car son poids international est devenu déterminant et son ébranlement ébranlerait toute la planète.

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