Arrivé par l’Egypte et reparti le soir même, l’émir du Qatar a passé la journée d’hier à Gaza. Accompagné de sa très influente et très moderne épouse, il y a annoncé un quasi doublement, à 400 millions de dollars, de son aide à cette bande de terre palestinienne qu’il est le premier chef d’Etat étranger à avoir visité depuis que les islamistes du Hamas en ont pris le contrôle en 2007.

Le cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani a ainsi tendu la main à un mouvement qui sent le souffre jusque dans la plupart des pays arabes et que les Occidentaux regardent comme une organisation terroriste. De la part d’un allié des Etats-Unis, l’initiative a évidemment surpris plus d’une capitale, fortement déplu à l’Autorité palestinienne et consterné les Israéliens mais ses motivations ne sont pourtant qu’évidentes.

Sur l’échiquier proche-oriental, le Hamas était traditionnellement lié à la Syrie, à l’Iran et au Hezbollah libanais, à cet axe chiite qui refusait comme lui toute idée de coexistence avec Israël. Entre le Hamas sunnite et l’axe chiite, la volonté de détruire Israël était le ciment qui transcendait toute autre divergence, notamment religieuse. Cette alliance était si forte que la direction politique du Hamas était installée en Syrie dont elle contrôlait largement les camps de réfugiés palestiniens mais l’insurrection syrienne a totalement modifié une donne qui semblait intangible.

Tandis que les Palestiniens de Syrie sympathisaient toujours plus avec l’insurrection, la direction du Hamas s’est rapidement convaincue que le clan Assad finirait par tomber et qu’elle ne pouvait pas, en tout état de cause, rester solidaire d’un régime honni dans tout le monde arabe et jusqu’à Gaza. Le Hamas s’est lentement distancé du boucher de Damas. Ses cadres ont discrètement quitté la capitale syrienne de peur de ne s’y retrouver prisonniers et il est soudainement apparu qu’ils se réinstallaient à Doha, capitale du Qatar.

L’émir leur avait offert l’asile, des bureaux et sa protection. Il avait compris qu’il pouvait achever par là d’éloigner les islamistes palestiniens de l’axe chiite et donc de l’Iran, de l’adversaire historique des capitales sunnites et des monarchies du Golfe au premier chef. Cette spectaculaire visite à Gaza du cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani n’a ainsi fait que consacrer ce retournement d’alliance des islamistes palestiniens qui se sont trouvé un nouveau protecteur en la personne de l’émir, donateur aux ressources illimitées.

Pour le Hamas, l’avantage est d’autant plus évident que le Qatar devient, de fait, son avocat auprès des Occidentaux. Non seulement le Hamas achève de se débarrasser d’un allié, l’Iran, dont il ne voulait plus mais il se donne en même temps les moyens de se rapprocher un jour des Etats-Unis. Quant au Qatar, non seulement il isole la théocratie iranienne de ses seuls alliés palestiniens mais il développe, avec ce nouvel obligé, son ambition stratégique de réorganiser et stabiliser le monde arabe autour de partis conservateurs, issus de l’islamisme et disposés à entretenir, comme lui, de bonnes relations avec l’Occident.

Le pari qatari est incertain mais assez séduisant pour que Washington se soit soigneusement abstenu de condamner l’initiative de l’émir.

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