Il n’y a plus un pays occidental où l’immigration ne soit en débat. Elle l’est ce matin sur France Inter . Elle l’est, tout autant que le budget, aux Etats-Unis où la régularisation des sans-papiers venus d’Amérique latine – des catholiques en terre protestante- oppose la Maison-Blanche et le Congrès. Elle occupera ce soir l’essentiel des discussions du Conseil européen confronté au drame des réfugiés affluant, sur leurs coquilles de noix, de l’autre rive méditerranéenne.

Elle se pose au sein même de l’Union, avec les questions de la libre circulation des Roms et, surtout, des salariés, artisans et entreprises de pays européens à bas salaires venant offrir leurs services dans d’autres pays européens où le coût du travail est plus élevé. Et elle se pose, enfin, de manière toujours plus passionnelle, autour de l’islam, identité familiale ou religion de la majorité des personnes immigrées ou immigrant aujourd’hui en Europe.

Phénomène vieux comme le monde, l’immigration est, autrement dit multiforme puisque les latino-américains des Etats-Unis ne sont pas les Maghrébins de France qui ne sont pas les Turcs d’Allemagne qui ne sont eux-mêmes pas les centaines de milliers de Philippins et Indiens des monarchies pétrolières. C’est au pluriel qu’il faut parler de l’immigration mais elle a pourtant, partout, deux traits communs.

Si l’on excepte, bien qu’ils soient toujours plus nombreux, les retraités du nord choisissant d’aller finir leur vie au sud car leur pouvoir d’achat y est plus élevé, les immigrés émigrent de pays pauvres vers des pays riches. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas totalement empêcher les flux migratoire mais seulement tenter de les réguler puisque rien ne dissuadera jamais un homme qui a faim, l’Irlandais d’hier ou le Sahélien d’aujourd’hui, d’aller chercher sa survie ailleurs. C’est une constante historique mais l’immigration contemporaine a aussi un trait totalement neuf qui en modifie largement la nature et la perception.

L’immigration était autrefois sans retour. C’était vrai des Polonais de France comme des Siciliens d’Amérique, de tous les immigrés qui n’avaient alors aucun moyen de garder le contact avec leur pays d’origine, sa langue et sa culture. Ce fut vrai mais ce ne l’est plus car l’avion, le téléphone, internet et les chaînes de télévision satellitaires, la réduction des distances en un mot, font qu’un immigré, où qu’il soit, d’où qu’il vienne, peut regarder la télévision du pays qu’il a quitté, garder sa langue et la transmettre à ses enfants et, pour peu qu’il en ait les moyens, aller passer des vacances dans la ville qui l’a vu naître.

C’est ainsi qu’un immigré algérien reste Algérien en France alors qu’il est vu et se voit surtout comme Français en Algérie. C’est ainsi que les Etats-Unis deviennent un pays bilingue où tout homme politique a un intérêt électoral à connaître au moins quelques mots d’espagnol. C’est ainsi que le multiculturalisme devient partout, en terres d’immigration comme en terres d’émigration, l’une des caractéristiques dominantes du monde contemporain. Elle inquiète le Tea party en Amérique comme le Front national en France ou les mollahs en Iran mais, enrichissante ou dérangeante, comme on voudra, c’est une réalité qu’on ne saurait nier sans s’aveugler.

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