On n’y croyait guère tant la négociation était difficile. Il y aura fallu huit heures de discussions après d’intenses travaux préparatoires mais les 28 dirigeants européens sont parvenus au milieu de la nuit à un accord sur la lutte contre le réchauffement climatique. Aussitôt critiquées par les organisations écologistes comme insuffisantes et décevantes, leurs décisions ne manquent en fait pas d’ambition puisqu’elles prévoient, à la fois, d’ici 2030 et par rapport aux niveaux de 1990, de réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre, de porter la part des énergies renouvelables à 27% de la consommation et de faire également 27% d’économies d’énergie.

Ce n’est certainement pas rien. C’est d’autant plus inespéré que les moins riches des pays de l’Union freinaient des quatre fers, notamment ceux qui utilisent encore beaucoup le charbon comme la Pologne. C’est ce qui explique la longueur et la difficulté de ces négociations de Bruxelles qui n’auraient sans doute pas abouti à de tels résultats si trois raisons - toutes trois extérieures aux préoccupations écologiques - n’étaient pas venues les faciliter.

La première est la crise ukrainienne. Depuis que Vladimir Poutine s’emploie à déstabiliser l’Ukraine, les 28 pays européens et, notamment, la Pologne, ont pris conscience du danger qu’il y aurait pour eux à continuer à autant dépendre du gaz et du pétrole russes. Il fallait donc réduire cette dépendance et réduire, en conséquence, la part des énergies fossiles dans la consommation européenne et cela d’autant plus que les approvisionnements proche-orientaux deviennent également plus incertains.

C’est la deuxième raison qui a facilité l’accord de cette nuit car, bien au-delà des djihadistes de l’Etat islamique, le Proche-Orient est entré dans une longue période de troubles et de guerres opposant les deux religions de l’islam, chiisme et sunnisme, et les deux puissances rivales qui en sont les chefs de file, l’Iran et l’Arabie saoudite. L’extraction pétrolière pourrait en être perturbée dans toute la région et cela aussi vient inciter à la sobriété énergétique.

Quant à la troisième des raisons qui ont permis le consensus de cette nuit, elle est que les Européens ont besoin d’investir pour relancer leur croissance. Malgré son insistance sur le rétablissement des équilibres budgétaires, l’Allemagne elle-même finit par l’admettre sans le dire. Les lignes bougent en Europe et il était ainsi commode ou intelligent, les deux en fait, d’invoquer l’impératif climatique pour transcender les désaccords économiques entre les 28, mettre de l’argent, beaucoup d’argent, dans la transition énergétique, créer des emplois, développer la recherche, augmenter la compétitivité des entreprises de l’Union, alléger ses factures d’importations énrgétiques, interconnecter ses réseaux et faire de l’Europe - dernier avantage mais non le moindre - une puissance vertueuse, à même d’appeler le reste du monde à suivre son exemple.

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