Sharon au secours d’Arafat Encerclé par l’armée israélienne, coupé de tout contact, Yasser Arafat parvient, à l’aide d’un seul téléphone satellitaire, à mobiliser les Palestiniens et le monde en sa faveur. Cette épreuve de force paraît maintenant tourner à son avantage. (020924) Ariel Sharon vient de rendre un fier service à Yasser Arafat. Depuis le début du mois, le président palestinien se trouvait dans la pire des situations. Ce n’était plus seulement que les Américains ne voulaient plus entendre parler de lui, que sa popularité baissait, que la corruption de son administration était unanimement dénoncée par les Palestiniens et que la droite israélienne rêvait de l’envoyer prendre sa retraite très loin des Territoires occupés. C’est aussi que le Conseil législatif palestinien, ce demi parlement, cette assemblée aux ordres, s’était soudainement rebellé contre lui. Au lieu d’entériner les remaniements ministériels auxquels Yasser Arafat avait procédé au printemps, les parlementaires avaient exigé un vote de confiance dans une si claire volonté d’émettre un vote de défiance que le vieux leader avait du battre en retraite. Il avait du promettre un remaniement complet, l’éviction des ministres les plus corrompus, la désignation, surtout, d’un Premier ministre, responsable devant le Conseil et dont la seule nomination aurait abouti à un partage du pouvoir, à l’ébauche d’une démocratisation. Yasser Arafat était menacé de devenir ce qu’est un Président en régime parlementaire, un symbole sans poids politique. Qu’allait-il faire ? C’était la question mais le chef de l’Autorité palestinienne n’a pas eu à se la poser. Aussi stupéfiant que cela soit, Ariel Sharon lui a en effet sauvé la mise ce week-end en encerclant à nouveau ses bureaux, faisant détruire ce qu’il en restait et laissant dire qu’il voulait, par là, le contraindre à l’exil. Le résultat fut immédiat. Bravant les couvre-feux israéliens, les Palestiniens sont descendus en masse dans les rues de Cisjordanie et Gaza, acclamant Arafat, brandissant ses portraits, resserrant les rangs autour de lui. Plus question de Premier ministre et moins encore de réformes. L’heure, chez les Palestiniens, est à l’union sacrée et les condamnations d’Ariel Sharon tombent de partout. Le secrétaire-général de l’Onu tempête. Le monde arabe s’insurge. L’Union européenne proteste. Les Etats-Unis déplorent, et de plus en plus sèchement. Bref, Ariel Sharon a remis en selle son ennemi déclaré au seul motif qu’il le tenait responsable de la reprise des attentats la semaine dernière. Comment expliquer cela ? Les uns diront qu’Ariel Sharon ne voulait pas qu’une nouvelle génération s’affirme chez les Palestiniens, que Yasser Arafat lui est tellement utile qu’il ne voulait surtout pas le perdre. D’autre soutiendront, au contraire, que Yasser Arafat a suscité ces nouveaux attentats sachant qu’une épreuve de force le servirait. La vérité, il faut le craindre, est autrement plus simple, tragiquement simple. La haine est si forte au Proche-Orient, si aveuglante que les terroristes palestiniens ne comprennent pas que la première victime de leurs attentats est leur propre peuple tandis qu’Ariel Sharon, lui, ne voit pas que la force ne peut pas tout, que la loi du talion, le coup pour coup, ne mène qu’à l’impasse, qu’au naufrage de la Raison.

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