L’Irak flambe plus que jamais. Il est redevenu le premier sujet de la campagne présidentielle américaine mais après avoir dominé, mardi, la première journée de l’Assemblée générale des Nations-Unies, il y a cédé la place, hier, à un problème plus abstrait mais non moins important : l’organisation du Conseil de sécurité, de l’instance suprême de ce Parlement du monde, du club où sont votées les résolutions qui ont, théoriquement, force de loi sur toute la planète. Si Kofi Annan et Georges Bush s’affrontent aujourd’hui sur la légalité de l’intervention en Irak, c’est parce qu’ils n’ont pas la même interprétation des résolutions qui l’ont ou ne l’ont pas autorisée. Si la légalité de la première guerre d’Irak n’avait, elle, jamais été discutée, c’est que le Conseil de sécurité avait été, là, parfaitement clair. Si Israël peut soutenir que rien ne l’oblige à se retirer de tous les territoires occupés en 1967, c’est que les résolutions de l’Onu lient ce retrait à la pérennité de l’Etat juif, donc à un accord de paix. Appliquées ou non, les résolutions du Conseil de sécurité ont pour le monde la même importance que la loi pour un Etat mais les seuls membres de l’Onu à y disposer d’un droit de veto et d’un siège permanent sont les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie, les pays sortis vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Alors une révolte gronde à l’Onu, patente hier, car, en bientôt soixante ans, le monde a beaucoup changé. Depuis la création des Nations-Unies, en Octobre 1945, la décolonisation a fait accéder à l’indépendance un nombre considérable d’Etats ; de nouveaux géants économiques se sont affirmés, l’Allemagne, le Japon, l’Inde et la Chine désormais ; l’écroulement soviétique a modifié les équilibres internationaux et l’Afrique elle-même commence à compter des pays de poids. L’organisation de l’Onu ne peut pas ne pas en tenir compte. Sauf à dépérir un peu plus, l’Onu doit donc changer. Elle le doit car le monde a besoin d’elle mais comment changer ? A quels nouveaux pays donner un siège permanent ? Au détriment de quels autres et sur quels critères ? C’est tout le problème car il n’y a pas que la réalité du monde d’aujourd’hui qui entre là en ligne de compte mais aussi, logiquement, beaucoup d’intérêts acquis et d’arrières pensées politique. Approuvés par la France, l’Allemagne, le Brésil, l’Inde et le Japon viennent, ensemble, de réclamer un siège permanent au Conseil. Personne ne pourrait contester qu’ils y aient droit mais l’Italie l’a fait car elle ne voudrait pas être le seul grand d’Europe à ne pas siéger au Conseil. Et l’Afrique, seul continent à ne pas en être ? Comme la France, les quatre candidats déclarés la soutiennent mais qui en Afrique ? L’Afrique du Sud, le Nigeria ou bien un pays arabe, l’Egypte alors, puisque le monde musulman ne fait pas partie du club ? Le choix est si difficile que le statu-quo paraît préférable à beaucoup et, tandis que la France pousse aux réformes pour affirmer l’Onu, les Etats-Unis font le mort de peur de lui redonner force.

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