Tout comme on sent revenir l’Etat, le multilatéralisme repart à la hausse. Décrié, vilipendé par les Etats-Unis durant les six premières années des mandats de Georges Bush qui lui opposait l’unilatéralisme, celui d’une Amérique qui aurait été à même de mieux décider seule de ce qui convenait au monde, la concertation internationale et sa nécessité ont tenu la vedette, hier, à l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies. Dépeignant un monde confronté à des crises d’ampleur mondiale, financière, énergétique et alimentaire, Ban Ki-moon, a appelé à la construction d’un « leadership mondial ». Courtoisie oblige, le secrétaire général de l’Onu ne pouvait pas plus clairement dire que les Etats-Unis ne pouvaient plus prétendre à l’assumer seuls alors qu’ils vont devoir se serrer la ceinture pour rétablir leurs finances et que leur aventure irakienne a durablement réduit leur prestige et leur autorité politiques. Figure emblématique des pays émergents, de ces anciens damnés de la terre qui affirment leurs économies, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, un ex-syndicaliste d’extrême gauche devenu centriste, a enfoncé le clou, bien plus directement. « La mondialité de cette crise, a-t-il dit, implique que les solutions soient également mondiales et prises dans un cadre multilatéral, légitime, reconnu et sans impositions ». « Nous devons rebâtir les institutions économiques internationales sur des bases entièrement nouvelles », a-t-il ajouté mais l’homme qui a été le plus concret et le plus incisif, le plus marquant aussi, était le président de l’Union européenne, de cette Union qui ne croit pas en elle-même mais à laquelle s’ouvre, pourtant, un boulevard. Après avoir su prendre en main la crise géorgienne, Nicolas Sarkozy a montré, hier, qu’il avait compris que, dans ces temps de reflux et de paralysie de l’Amérique, l’Union avait un rôle à jouer, qu’elle pouvait l’assumer et que le monde espérait qu’elle le fasse car, si ce n’est pas elle, qui d’autre ? Devant ce parlement du monde qu’est l’Assemblée générale, il a donc avancé deux idées, en tant que président de l’Union. La première est de bâtir un « espace économique commun » entre les deux puissances du continent Europe, de bâtir, a-t-il dit, un « avenir partagé » entre l’Union européenne et la Fédération de Russie pour peu, bien sûr, que les dirigeants russes respectent la souveraineté et l’intégrité territoriale de leurs voisins. L’entreprise est de longue haleine mais, outre qu’elle répond aux espoirs de la Russie, son succès contribuerait à la stabilisation du monde en faisant converger les intérêts russes et européens. Cette proposition est audacieuse mais nullement utopique et, sur cette lancée, le président de l’Union a appelé à la tenue, en novembre, après la présidentielle américaine, d’une conférence internationale destinée à « tirer les leçons de la plus grave crise financière depuis celle des années trente ». C’est d’un nouvel ordre économique international qu’il a appelé à jeter les bases et c’était, également, bienvenu.

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