La Russie bouge sur l’Iran. A l’issue d’une rencontre, hier, avec Barack Obama, en marge de l’Assemblée générale de l’Onu, le président russe, Dmitri Medvedev, a publiquement estimé que les sanctions étaient « parfois inévitables, même si elles mènent rarement à des résultats productifs ». Quelques heures plus tôt, un membre de sa délégation à cette même Assemblée générale avait été encore plus explicite en déclarant que son pays « n’excluait pas de participer à de nouvelles décisions du Conseil de sécurité sur la question des sanctions » contre l’Iran. La Maison-Blanche avait immédiatement salué cette déclaration comme « extrêmement importante » et elle l’était en effet car, confirmée par Dmitri Medvedev, elle marque un revirement de la Russie qui écartait, jusqu’à la semaine dernière, toute idée de nouvelles sanctions contre Téhéran en faisant valoir que les possibilités de négociations sur le programme nucléaire iranien n’étaient pas épuisées. Cette position russe empêchait, autrement dit, les Occidentaux d’exercer une vraie pression sur Téhéran puisqu’ils n’envisagent pas, à ce jour, de recourir à la force et que la menace de nouvelles sanctions économiques n’est crédible que si le Conseil de sécurité est disposé à les adopter, ce qu’il ne peut pas faire sans l’accord de la Fédération de Russie qui y dispose, comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Chine, d’un droit de veto. Quelque chose vient de changer sur la scène internationale. L’Iran pourrait s’en trouver beaucoup moins à l’aise le 1ier octobre, à Genève, lors de son rendez-vous avec les grandes puissances et, si cette évolution de la diplomatie russe se confirmait, elle serait le fruit direct de l’annonce par Barack Obama, il y a tout juste une semaine, de sa décision de renoncer au déploiement d’un système anti-missiles en Pologne et en République tchèque. Non sans raisons, les Russes avaient toujours considéré que ce radar et ces intercepteurs visaient beaucoup moins à parer d’éventuels tirs de missiles iraniens de longue portée qu’à mettre fin à l’équilibre stratégique hérité de la Guerre froide. Ils avaient vu, là, une volonté d’achever de diminuer leur poids international et l’Iran avait été le grand bénéficiaire de ce bras de fer entamé par Georges Bush car le Kremlin avait alors commencé à traîner les pieds sur le dossier nucléaire. C’est cette page que Barack Obama avait voulu tourner et la Russie semble bien l’avoir payé, hier, de retour. L’Iran n’en renoncera certainement pas d’un coup à ses ambitions nucléaires mais, outre que ce rapprochement américano-russe aurait toutes les raisons de le faire réfléchir, le plus frappant est, là, que les Etats-Unis commencent à jouer dans le monde tel qu’il est, si divers et polycentrique qu’ils ne peuvent plus le gouverner à eux seuls. Ils doivent désormais s’y trouver des alliés, plus des vassaux. Barack Obama l’a compris. Il en a tiré des conclusions et, semble-t-il, avec succès.

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