L’Iran a fait parvenir, cette semaine, un message aux grandes puissances. Son président, Mahmoud Ahmadinejad, était prêt à rencontrer sans délai les ministres des Affaires étrangères du groupe des 6, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne avait participé aux premières tentatives de négociations sur la question nucléaire avec Téhéran. L’offre a embarrassé les grandes puissances, pas du tout enthousiasmées, d’un côté, par l’idée d’une rencontre solennelle avec un homme qu’elles ont des raisons de ne pas trouver fréquentable mais soucieuses, de l’autre, de ne pas sembler refuser le dialogue. Tandis que Barack Obama répétait hier, à l’Onu, que « la porte restait ouverte à la diplomatie », elles ont donc répondu qu’elles étaient disposées à se faire représenter, Chine et Russie comprises, par la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, lady Ashton. La République islamique n’a, pour l’heure, dit ni « oui » ni « non » mais il est clair qu’elle cherche à relancer les négociations interrompues depuis l’automne dernier mais que son ministre des Affaires étrangères vient de se dire « disposé » à reprendre. Elle le souhaite soit parce qu’elle serait décidée à évoluer sur le fond, à vraiment garantir que son programme nucléaire ne vise pas à la doter de la bombe, soit parce qu’elle voudrait tenter, une fois de plus, de gagner du temps et diviser les grandes puissances. Les deux hypothèses sont plausibles mais le fait est que les choses bougent à Téhéran, qu’on n’y veut plus du statu quo, et il y a quatre raisons à cela. La première est que les Etats-Unis ont ajouté des sanctions propres à celles qui avaient été prises, avant l’été, par le Conseil de sécurité et que l’ensemble de ces mesures pèse considérablement sur le régime iranien. Non seulement les grandes industries mais aussi les banques sont désormais sommées d’avoir à choisir entre leurs activités américaines et iraniennes et choisissent, bien évidemment, les premières mais le président russe vient de décider, avant-hier, d’interdire l’exportation de missiles de défense vers la République islamique qui, apparemment, ne s’y attendait pas et s’en plaint vivement. La situation créée par les sanctions est telle que l’ancien président Rafsandjani, personnage clé des institutions religieuses iraniennes, déclarait, il y a dix jour, qu’il ne fallait pas « minimiser » leur impact et tromper l’opinion à leur sujet. Il s’était ainsi publiquement inscrit en faux contre Mahmoud Ahmadinejad dont il est un adversaire de longue date et qui juge, lui, les sanctions « pathétiques ». La deuxième raison poussant le régime iranien à bouger est qu’il doit bientôt supprimer, pour des raisons budgétaires, les subventions d’Etat aux prix à la consommation et qu’il veut, avant cela, montrer à la population qu’il ferait tout pour améliorer la situation économique en dialoguant avec les grandes puissances. La troisième raison est que Mahmoud Ahmadinejad reste extrêmement contesté par de très larges secteurs du régime et la quatrième est que ce pouvoir s’inquiète de l’éventualité d’un succès des pourparlers israélo-palestiniens qui l’isolerait sur la scène proche-orientale.

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