C’était hier soir à Tripoli, capitale de la Libye. Réunis dans une unité gouvernementale baptisée « Force nationale mobile », des jeunes gens en treillis qui avaient participé à la longue bataille à l’issue de laquelle leur pays s’était libéré de Muamar Kadhafi faisaient évacuer, dans la plus parfaite discipline, des locaux indûment occupés par l’une de ces milices, mi-criminelles, mi-islamistes, qui avaient prospéré à l’ombre du changement de régime.

« Notre mission est d’évacuer toutes les installations publiques et propriétés privées occupées par des groupes qui ne sont pas sous l’autorité de l’Etat », expliquait un de leurs chefs et ces voyous rendaient leurs armes, sans même tenter d’en faire usage, avant de se laisser arrêter.

Un grand ménage a commencé en Libye, voulu par les autorités depuis l’assassinat de l’ambassadeur des Etats-Unis et permis par la manifestation qui avait fait descendre, vendredi, quelques trente mille personnes dans les rues de Benghazi, la ville où l’ambassadeur avait été tué. « Non aux milices ! », avaient alors scandé les manifestants en exprimant leur réprobation de ce meurtre et leur refus d’être contrôlés et rançonnés par des hommes habillés, disaient-ils, « à l’afghane » et n’ayant rien à voir avec leur pays et ses autorités. C’est de ce cortège qu’étaient ensuite sortis des hommes plus déterminés qui s’étaient attaqués aux sièges de deux groupes armés dont celui, Ansar al Charia, qui est soupçonné d’avoir organisé l’assassinat de l’ambassadeur américain.

Dès le lendemain samedi, les principales milices islamistes d’une autre ville, Derna, dans l’Est du pays, avaient décidé de s’auto-dissoudre après avoir médité ce qui s’était passé à Benghazi et c’est là-dessus que l’armée libyenne a donné 48 heures aux milices de Tripoli pour évacuer leurs bases – ce qui était en cours la nuit dernière.

Cela ne signifie évidemment pas que l’ordre soit d’ores et déjà rétabli en Libye et moins encore qu’une stabilité démocratique puisse s’y instaurer rapidement. On en est bien sûr loin car on n’a jamais vu un pays instantanément trouver ses marques après tant de décennies d’une dictature ubuesque mais cet assaut contre les milices installées en Libye est riche d’enseignements.

Il signifie d’abord que les autorités libyennes, si faibles soient-elles, ont à cœur d’envoyer un message de fermeté et d’amitié aux Etats-Unis car elles ne peuvent pas plus se passer de leur appui que ne le peuvent, et ne le veulent, les gouvernements issus de l’islamisme qui ont démocratiquement conquis la majorité en Egypte et en Tunisie.

Croire que l’Europe et les Etats-Unis seraient menacés par le recul des dictatures dans le monde arabe est une totale erreur, d’autant plus profonde que, second enseignement de ce grand ménage libyen, les populations arabes ne veulent pas non plus d’affrontements avec l’Occident, comme on vient de le voir à Benghazi, et rejettent les djihadistes, les partisans de la guerre sainte, qu’il ne faut pas confondre avec les islamistes et, moins encore, l’ensemble des musulmans. Tout change dans le monde arabe et ce n’est pas maintenant qu’il faudrait aller le traiter en ennemi.

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