Les bonnes nouvelles sont si rares qu'on ne saurait sous-estimer leur importance. Jeudi dernier, un coup d’Etat a lieu à Ouagadougou, capitale du Burkina, ancienne colonie française d’Afrique occidentale et l’un des dix pays les moins développés du monde.

Le putschiste est un général, un proche de l’ancien président Blaise Compaoré, renversé l’année dernière par des émeutes populaires parce qu’il avait voulu se faire réélire une nouvelle fois, après vingt-sept années de pouvoir ininterrompu. C’est la revanche de l’ancien régime. Chargés de conduire le Burkina à des élections libres prévues pour le 11 octobre prochain, le président et le Premier ministre de la transition sont arrêtés en pleine réunion du gouvernement. La dictature ressort de l’ombre mais…

Mais non ! Ce n’est pas la force qui l’emporte car tout le pays frémit d’indignation. Loin de céder à la peur, les Burkinabés se mobilisent et refusent de se laisser voler la démocratie qu’ils ont imposée un an plus tôt. Les putschistes sentent bien vite qu’ils n’auront pas la tâche aisée et, de fait, des régiments de province marchent sur la capitale pour y rétablir les autorités de transition tandis que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, la Cédéao, l’organisation régionale à laquelle appartient le Burkina, condamne ce coup d’Etat et s’interpose, que l’Union Africaine suspend le Burkina de ses rangs et que la France demande un retour immédiat au processus de transition, comme le font les Etats-Unis et l’Onu.

Les putschistes sont seuls. Ils n’ont pas même le monopole de la force et s’ensuit une semaine de négociations et pressions tous azimuts pour leur faire entendre raison sans que ce pays ne bascule dans la violence. Ce fut une semaine haletante, incertaine, mais l’auteur du coup d’Etat a fini par reconnaître sa défaite en déclarant, hier : « Le putsch est terminé. On n’en parle plus. Le plus grand tort a été de le faire car, aujourd’hui, quand on parle de démocratie, on ne peut pas se permettre des actions de ce genre ».

Le Burkina devra maintenant décider de ce qu’il convient de faire de ce général mais l’essentiel, la bonne nouvelle, est que la Raison et la démocratie l’ont emporté dans un pays plus habitué aux satrapes qu’aux élections.

Alors faut-il voir là un signe de progrès de la démocratie en Afrique ?

Oui, et non. D’une montée de l’exigence démocratique des Africains, oui, à coup sûr, mais d’un réel progrès de la démocratie sur ce continent ?... Non, il serait malheureusement trop tôt pour le dire. Les démocraties restent des exceptions en Afrique et lors des 9 élections présidentielles qui s’y dérouleront d’ici au printemps on verra beaucoup de despotes tenter de briguer un énième mandat en ignorant aussi bien leur Constitution que le sentiment populaire et les pressions internationales. La route de la démocratie africaine est encore longue mais de nouvelles classes moyennes urbaines s’affirment dans ces pays comme dans tout le monde émergent et les organisations régionales poussent à la démocratisation, devenue une exigence du développement et le moyen le plus sûr d’arrêter l’exode des cerveaux. Ce que marque le Burkina est le début d’une évolution.

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