Le Président des États-Unis se trouve au centre d’une nouvelle tempête pour avoir demandé au Président ukrainien des informations pouvant gêner la campagne d’un de ses rivaux potentiels l’an prochain, l’ancien vice-Président Joe Biden.

Donald Trump hier lors d’une rencontre, au siège des Nations Unies à New York, avec le premier ministre pakistanais, Imre Kahn.
Donald Trump hier lors d’une rencontre, au siège des Nations Unies à New York, avec le premier ministre pakistanais, Imre Kahn. © AFP / SAUL LOEB / AFP

C’est un des mystères de la vie politique à l’heure du populisme : pourquoi les électeurs de cet univers ferment-ils les yeux sur des actes qui vaudraient la disgrâce à des hommes ou des femmes politiques classiques ? Donald Trump constitue évidemment un incroyable cas d’école avec l’affaire qui défraye la chronique à Washington depuis quelques jours.

Pour résumer un dossier complexe, Donald Trump a reconnu avoir demandé au nouveau Président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’enquêter sur les affaires ukrainiennes du fils de Joe Biden ; Biden, ancien vice-président de Barack Obama, et, surtout, candidat aux primaires démocrates pour affronter Trump l’an prochain. 

L’affaire a été révélée par un lanceur d’alerte, et elle est très grave : demander l’aide d’une puissance étrangère pour aider dans une campagne électorale est puni par la loi américaine.

On pourrait penser Donald Trump embarrassé d’être pris la main dans le sac ? Eh bien non, il assume, et affirme qu’il n’y a rien d’anormal à ça.

Comme on peut l’imaginer, les anti-Trump sont vent-debout contre le Président, et les appels à l’impeachment -la destitution-, se font entendre, y compris chez des élus démocrates restés prudents jusqu’ici. La presse en fait ses gros titres tous les jours, et s’indigne d’un tel coup tordu.

Mais le plus frappant est la placidité de Donald Trump, comme si rien ne l’atteignait. Il faut dire qu’il a survécu à tant d’affaires, aussi bien pendant la campagne de 2016 que depuis son entrée à la Maison Blanche il y a deux ans-et demi. Qu’il s’agisse d’histoires de mœurs, de la fameuse affaire russe, ou encore d’innombrables manquements éthiques.

L’attitude du Président face à la nouvelle tornade qui a démarré à Washington montre qu’il estime qu’il en sera de même cette fois : sa base électorale, qui n’a guère bougé depuis le début de son mandat, tiendra bon, estime-t-il ; elle conclura, comme lui, que ce sont des « Fake news » véhiculées par des démocrates jaloux de ses succès.

Comment s’explique ce côté inoxydable ? En polarisant l’opinion comme il le fait depuis le début, Donald Trump s’assure que ses partisans ne croient plus un traître mot de ce qui vient de l’« autre » camp. Si le « New York Times » ou CNN l’attaquent, c’est bien le signe qu’il est dans le vrai : c’est la logique d’une opinion aussi clivée que l’est celle des États-Unis sous Trump.

Dans le Washington Post, un chroniqueur réputé de ce quotidien libéral, Eugène Dionne Jr, parle du « mystère déprimant » de voir le Président s’en sortir malgré un comportement qui, estime-t-il, « met la sécurité nationale en danger ». Il décrit ainsi la méthode Trump : « mentir et verrouiller », en sachant que son propre parti Républicain n’osera pas le défier.

En sera-t-il toujours ainsi ? Et cette confiance aveugle pourrait-elle permettre à Donald Trump de se faire réelire ? Pour l’instant, rien ne permet de penser le contraire.

Mais surtout, l’exemple donné par le Président de la première puissance mondiale créée des émules à travers le monde. Le populisme contient apparemment le gène de l’impunité. 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.