Où vont-ils ? Que veulent les Etats-Unis ? Où emmènent-ils le monde ? Avant qu’ils aient renversé Saddam Hussein, on comprenait. Rejetant tous les avertissements, n’écoutant personne, ils croyaient dur comme fer que, grâce à leur intervention non seulement la démocratie prendrait corps à Bagdad mais qu’elle s’étendrait également à tout le Proche-Orient, par contagion. Les régimes iranien et saoudien allaient, pensaient-ils, en être contraints au changement. L’Iran allait rompre avec la théocratie, l’Arabie abandonner son mélange mortifère d’intégrisme et de féodalisme. Aux yeux des Américains, l’Irak était la clé d’un règlement israélo-palestinien, l’antidote aux frustrations dont se nourrit le terrorisme et la consécration du rôle dirigeant des Etats-Unis, tout à la fois, mais aujourd’hui ? Aujourd’hui que les plus sombres des avertissements s’avèrent, que les Irakiens tiennent les Etats-Unis pour responsables de l’anarchie dans laquelle ils vivent, que les chiites, 60% de la population, entretiennent la tension pour que Washington leur remette le pouvoir, que le terrorisme, loin de régresser, rebondit en Irak, aujourd’hui que l’Amérique perd sa crédibilité en s’enferrant dans ce bourbier annoncé et que l’affrontement israélo-palestinien repart à la hausse, que compte faire la Maison-Blanche ? Il serait encore temps, pour elle, de faire entrer l’Onu en scène, de permettre au monde de se réunir, Europe, Russie, Amérique, pays arabes, pour mettre d’accord Kurdes, sunnites et chiites, transformer l’Irak en une fédération et consolider cette stabilisation par un plan d’aide international. Il en serait encore temps car le monde a peur et que les Irakiens sont las du chaos mais Georges Bush s’y refuse car il ne veut pas que les Nations-Unies puissent réussir là où les Etats-Unis échouent. L’Amérique ne veut pas revenir au multilatéralisme dont elle veut sortir, abandonner cette folle ambition de prendre sur elle le gouvernement du monde. Elle s’obstine à le refuser, s’obstine dans l’erreur, et entraîne, ainsi, le monde dans ce trou qu’elle creuse ardemment. Pour le monde, l’Irak devient un abîme car, aujourd’hui, le seule solution qu’entrevoient les Etats-Unis est d’enrôler de nouveaux pays sous leur bannière irakienne, de diviser un peu plus l’Union européenne et les Nations-Unies, de persévérer dans l’illusion. Ils vont, pour cela, brandir la menace terroriste qu’ils accroissent jour après jour et, quand leurs pertes deviendront insupportables, quand leur opinion ne voudra plus de ce guerre, ils seront tentés de partir, de trouver un accord avec les chiites d’un côté, les Kurdes de l’autre, de laisser alors un volcan derrière eux. Ce jour-là, l’Irak ne serait pas seulement gros d’une guerre civile. L’Irak abandonné à sa ruine, c’est toute la région qui risquerait d’exploser car ce pays se fracturerait, que l’apparition, sur ses décombres, d’un Kurdistan indépendant susciterait un irrédentisme kurde en Turquie et que l’émergence d’un nouvel Etat chiite dans la région poserait la question des frontières entre sunnisme et chiisme. L’année commence mal. Encore quelques mois et le volcan des frontières proche-orientales s’éveillera.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.