Aux confins de l’Union européenne et de la Fédération de Russie, au cœur même de l’Europe, c’est une vraie guerre qui est désormais en cours. Elle n’est pas déclarée. Elle ne dit pas son nom mais, à l’annexion de la Crimée par Vladimir Poutine, ont maintenant succédé de violents combats entre les armées ukrainiennes et les séparatistes de l’Est du pays armés et financés par Moscou. On en est à quelques 2200 morts et 400 000 déplacés, pire qu'à Gaza, mais quel est l’enjeu de ce conflit et peut-on espérer qu’il ne s’éternise pas ? Pour la Russie, l’objectif est clair. Son président veut revenir sur l’éclatement de l’empire des tsars suscité, il y a vingt-cinq ans, par l’effondrement soviétique. Il veut réintégrer à une sphère d’influence russe tous les pays sortis de l’URSS après la chute du mur de Berlin. Il lui faut donc commencer par restaurer un protectorat sur l’Ukraine mais, comme Vladimir Poutine ne veut ni risquer une guerre avec l’Occident ni même rompre tous liens économiques avec les Etats-Unis et l’Union, il ne fait pas marcher de chars sur Kiev et se contente, Crimée empochée, de déstabiliser le pays par séparatistes interposés. L’Ukraine quant à elle, l’écrasante majorité de sa population en tout cas, refuse de revenir à son asservissement passé, défend son indépendance et voudrait pouvoir vite intégrer non pas l’Otan mais l’Union européenne. Les positions de l’Ukraine et de la Russie sont parfaitement claires mais celles des Occidentaux ne le sont pas, pas du tout. Autant les Occidentaux ne veulent pas laisser un empire russe se reconstituer par la force, autant ils ne veulent ni devenir partie prenante à cette guerre, ni rompre avec la Russie dont ils ont économiquement et diplomatiquement besoin, ni ouvrir à l’Ukraine les portes de l’Union européenne et, moins encore, de l’Otan car ils seraient alors obligés de la reconstruire et de la défendre par les armes. Le soutien politique des Occidentaux à l’Ukraine empêche la Russie de l’envahir mais ne dissuade nullement Vladimir Poutine de continuer à la déstabiliser. Toutes les conditions d’un conflit limité mais durable et pouvant, à chaque instant, déraper sont ainsi réunies. Tout le monde continue, et sans cesse, à parler à tout le monde comme Ukrainiens, Russes et Européens le feront demain en Biélorussie mais sans que cela ne débouche sur une vraie solution qui ne pourrait venir que d’un accord global de coopération continentale entre l’Union et la Fédération de Russie. On y parviendra un jour. C'est la logique. C'est la nécessité, mais ce jour est sans doute encore lointain car les Européens sont encore trop faibles et désunis et les Russes trop peu sûrs d’eux-mêmes pour savoir bâtir ensemble cette maison commune qu’est leur continent, le continent Europe.

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