C’est de l’Ukraine que François Hollande et Angela Merkel devaient parler hier à Berlin. Ils en ont bel et bien parlé avec Petro Porochenko, le président ukrainien, car cette crise dure et s’installe mais l’essentiel de leurs conversations a pourtant été consacré à un tout autre sujet, autrement plus brûlant encore, à ces réfugiés, hommes, femmes et enfants, venus d’Afrique et du Proche-Orient s’échouer par dizaines de milliers, chaque mois, sur les côtes européennes après avoir fui la terreur et la mort.

« C’est une situation exceptionnelle mais qui va durer tant que les crises que nous connaissons n’auront pas été réglées », a déclaré le président de la République. Il y a plusieurs jours déjà que la chancelière avait, quant à elle, averti ses compatriotes que ce drame allait constituer le plus grand des défis que doit relever l’Europe et c’est donc une « réponse unifiée » des 28 que les dirigeants français et allemand ont appelé de leurs vœux.

Ils veulent que les institutions européennes, les institutions communes, prennent en main la création de centres d’accueil en Italie et en Grèce. Ils le veulent pour que ces deux pays n’aient plus à supporter seuls cet afflux auquel ils n’ont plus les moyens de faire face ; pour que ces réfugiés ne soient plus livrés à eux-mêmes mais décemment traités ; pour qu’ils cessent de poursuivre, dans la plus totale anarchie, leur fuite vers le Nord et qu’un tri puisse se faire, au cas par cas, entre les simples migrants pour raisons économiques, qui ne sont pas éligibles au droit d’asile, et ceux pour lesquels le renvoi dans leur pays signifierait la mort et, pour nous, une complicité d’assassinat. Ce que veulent également François Hollande et Angela Merkel, c’est que tous les pays européens unifient leur application du droit d’asile, autrement dit qu’ils l’appliquent tous, au nom des principes de l’Union et de la solidarité entre Européens.

Bien au-delà d’un drame humain dont l’ampleur est sans précédent en Europe depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ce qui est ainsi frappant dans cette crise est qu’elle est une leçon des choses politique. Nous découvrons, là, nous autres Européens, que nous ne pouvons plus ignorer les déchirements de nos marches orientales et méridionales sans avoir à en payer le prix, qu’il nous faut une politique étrangère commune vis-à-vis de la Russie comme de l’Afrique et des mondes arabes et qu’il nous faut des moyens communs, militaires et policiers. Dispersés comme nous les sommes encore, nous ne pouvons pas grand chose face aux chaos du monde extérieur, nous ne pouvons que subir, comme nous subissons les retombées de la crise syrienne faute d’avoir parlé d’une seule voix à Damas ou celles de l’éclatement soviétique faute d’avoir déjà su proposer à la Russie la négociation d’un accord de coopération et de stabilité continentales. Il nous faut enfin choisir entre être ou ne pas être et…Qui sait ? De ce drame pourrait, peut-être, sortir un bien.

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