La Turquie poursuit, là, trois objectifs.

Si son armée, comme on s’y attendait depuis lundi, a pénétré hier en territoire syrien, c’est à la fois pour frapper Daesh, contrer les Kurdes dans le nord de la Syrie et s’assurer d’un poids dans l’éventuelle reprise d’incertaines négociations de paix.

Avec Daesh, la Turquie avait longtemps eu une relation de connivence tacite. Loin de partager la folie meurtrière de ces fanatiques, elle les soutenait pourtant en fermant les yeux sur le transit des volontaires étrangers qui allaient grossir leurs rangs en utilisant ses aéroports et en les laissant écouler, surtout, sur son territoire, au marché noir, le pétrole des puits dont ils s’étaient emparés. La Turquie alimentait ainsi Daesh en hommes et en argent parce que l’Etat islamique est une organisation sunnite et que la Turquie sunnite, comme toutes les puissances sunnites de la région, avait pour principal objectif en Syrie la chute du régime de Damas, d’un pouvoir chiite, étroitement lié à l’Iran chiite.

Ce qui comptait alors pour Ankara, c’était la bataille d’influence régionale entre les deux grandes religions de l’islam mais la Turquie avait fini par prendre peur de Daesh car son constant renforcement pouvait finir par la menacer, elle et l’ensemble des régimes sunnites. Comme l’Arabie saoudite, la Turquie a donc cessé tout soutien à ces djihadistes qui se sont aussitôt vengés d’elle en multipliant les attentats sur son territoire. Le dernier en date, samedi, à Gazantiep, avait fait plus de 50 morts et il était vite apparu que les Turcs n’allaient plus tarder à lancer une contre-offensive.

Ils l’ont fait avec d’autant plus de force, aviation, chars et artillerie lourde, que Daesh est maintenant en recul sur tous les fronts, bombardé par les Etats-Unis et la coalition internationale qu’ils ont constituée et attaqués, au sol, par les milices des Kurdes syriens, armées et financées par les Américains. Les villes et villages que Daesh abandonne sont repris par les Kurdes qui étaient ainsi en passe de contrôler tout le nord de la Syrie, toute la frontière avec la Turquie, c’est-à-dire la zone qui longe les régions kurdes de Turquie.

Porteuse, à terme, d’une dislocation de la Turquie, cette situation était insupportable pour Ankara. C’est essentiellement pour cela que l’armée turque est intervenue en Syrie, aussitôt applaudie par les Occidentaux qui ne peuvent que se réjouir de cet engagement militaire contre Daesh et qui ne tiennent pas du tout à voir éclater une guerre civile entre la Turquie et ses Kurdes.

Quant à la troisième raison d’Ankara, elle est diplomatique et préventive.

Les chefs des diplomaties russe et américaine se retrouvent demain à Genève. Ils y parleront Ukraine et Syrie. Il y a dans l’air une tentative de grand deal entre Washington et Moscou qui pourraient peut-être annoncer une offensive coordonnée contre Daesh. Cela ferait d’eux des partenaires dans la recherche de compromis en Europe orientale et au Proche-Orient. Rien n’est fait mais quelque chose se cherche, un arrangement global sur lequel la Turquie veut avoir son mot à dire.

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