Une semaine après le coup d’État à Bamako, le sort de l’ancien Président « IBK » semble scellé, et les nouveaux maîtres du pays promettent un dialogue avec les partis et la société civile. Peut-être une sortie de crise dans ce pays déstabilisé.

Les nouveaux maîtres du Mali, dont le Président du Comité national de salut public (CNSP), le colonel Assimi Goïta (au centre), avant leur rencontre avec la délégation des pays de la région, samedi 22 août.
Les nouveaux maîtres du Mali, dont le Président du Comité national de salut public (CNSP), le colonel Assimi Goïta (au centre), avant leur rencontre avec la délégation des pays de la région, samedi 22 août. © AFP / ANNIE RISEMBERG / AFP

C’est un grand classique des coups d’État en Afrique, les putschistes assurent la main sur le cœur qu’ils vont rétablir au plus vite l’ordre constitutionnel. C’est le plus souvent faux, et les nouveaux maîtres s’installent durablement ; mais il arrive qu’ils tiennent parole et rendent le pouvoir aux civils après avoir remis de l’ordre dans le pays. C’est rare, mais c’est arrivé.

Est-ce le scénario qui est à l’œuvre au Mali, après le renversement du Président Ibrahim Boubacar Keïta ? Le porte-parole du Conseil militaire au pouvoir à Bamako a assuré hier que toute décision sur la durée de la transition ou sur la formation d’un gouvernement serait prise en accord avec les partis politiques, les syndicats et la société civile du pays.

Ce ne sont que des promesses, mais elles ont leur importance car il existe, au Mali, des forces politiques et sociales susceptibles de demander des comptes aux officiers putschistes s’ils ne respectent pas leur parole. Le coup d’État ne marque pas la fin de l’histoire au Mali, mais plutôt le début d’une autre histoire, complexe et qui reste à écrire.

Peut-il y avoir un retour en arrière ? Les voisins du Mali ont d’abord exigé le retour au pouvoir d’« IBK », le surnom du Président déchu. Ils ont même imposé des sanctions au Mali pour l’obtenir. Ces trois derniers jours, une délégation des pays de la sous-région négociait avec les militaires pour trouver une sortie de crise. 

Mais le sort de l’ancien Président semble scellé puisque les délégués africains l’ont rencontré et acté sa démission, obtenant simplement du Conseil militaire qu’il le libère et lui permette d’aller se faire soigner à l’étranger.

La demande de réinstaller IBK au pouvoir n’était pas réaliste dans le contexte de la forte contestation populaire à laquelle il était confronté. 

Il est à noter que la France, acteur discret depuis le coup d’État mais oh combien important avec la présence au Mali des militaires français de l’Opération Barkhane, s’était bien gardée de demander le retour du Président, qui n’était pas tenu en très haute estime à Paris. La France s’était contentée d’exiger le retour à l’ordre constitutionnel.

L’ancien Président était clairement devenu un obstacle dans un pays où la défaillance criante de l’État constitue un handicap dans la lutte contre les groupes djihadistes qui font régner la terreur. 

Les militaires au pouvoir ont-ils les solutions aux multiples défis du Mali ? Sans doute pas, mais ils ont permis de crever l’abcès d’un régime certes constitutionnel, mais qui avait perdu toute légitimité après avoir fait tirer sur des manifestants le mois dernier. Le coup d’État sans effusion de sang pourrait permettre de sortir de cette crise.

C’est l’analyse que fait le think tank Crisis Group à Bruxelles, pour qui un retour en arrière serait « préjudiciable au pays ». Il invite les Maliens et leurs partenaires étrangers, y compris la France donc, à « saisir cette occasion pour s’assurer que le pays entame une véritable transition ». Si c’était le cas, les militaires auraient fait œuvre utile : ça n’est pas très « orthodoxe » de le dire, mais c’est aujourd’hui une vraie possibilité.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.