Il n’y a pas un problème de l’immigration, il y en a deux qui n’ont rien à voir avec cette sourde menace qu’agitent les nouveaux partis de l’extrême-droite européenne. Comme, avant-guerre, les immigrés italiens, polonais et juifs d’Europe centrale, comme, après-guerre, les Espagnols et les Portugais, les immigrés maghrebins et africains, s’assimilent progressivement à leur pays d’accueil, en France comme ailleurs. Il n’est tout simplement pas vrai que l’assimilation ne fonctionne plus. Dans les bureaux, à la poste, dans les hôpitaux, à Paris comme en province, les enfants de l’immigration - un nom venu d’ailleurs, des Français comme les autres - ont trouvé leur place et travaillent, parfois mieux que les autres parce qu’ils ont plus à prouver et se prouver. Il n’est pas vrai que leur religion, l’Islam, soit un obstacle, d’abord parce que la religion est affaire privée en Europe, ensuite parce qu’ils sont aussi peu pratiquants que le reste de leurs compatriotes. L’immense majorité des descendants de l’immigration des années soixante sont assimilés, culturellement et économiquement, mais ils le sont si bien qu’on ne les pense plus comme différents, que ceux qu’on voit encore comme immigrés sont les ratés de l’intégration. L’employé, l’éducateur, l’étudiant, le footballeur ou l’artiste a fortiori, ne sont plus des immigrés mais l’agresseur dans le métro, le dealer de banlieue, le racketteur à la sortie des écoles, sont, eux, perçus comme tels. S’il y a problème, alors on voit la différence, l’origine étrangère, et l’on en vient ainsi à assimiler immigrés et délinquants, car enfin vous voyez bien, dit-on, ce sont des immigrés. Non ! Ce sont des délinquants, fruits du premier des vrais problèmes. En Europe, l’âge de la scolarité obligatoire est élevé. On veut à tout prix, question de standing national, pousser les enfants jusqu’au bac, alors que tous les enfants n’ont pas la goût de l’école, que tous ne peuvent pas suivre, notamment, et c’est l’injustice scolaire, si leurs parents n’ont pas fait d’études, comme c’est souvent le cas pour les enfants d’immigrés. Alors même qu’on manque de main-d’œuvre qualifiée, nous fabriquons ainsi l’échec scolaire et la délinquance qui, forcément, vont plus toucher les enfants d’étrangers, au lieu de développer l’apprentissage et les écoles professionnelles. Nous créons les problèmes au lieu de les résoudre et faisons de même avec les nouvelles vagues d’immigrants. L’Europe est riche, le monde est pauvre. A l’heure des communications rapides, rien n’empêchera jamais un gamin crevant de faim, un diplômé d’un pays en guerre, de vouloir venir tenter sa chance en France, en Allemagne ou en Italie. Rien n’endiguera cette vague de l’espoir, trop forte pour ne pas poser de problèmes - rien sauf une politique de développement suivie et couplée à une politique d’immigration organisée, légale, qui couperait les circuits d’immigration clandestine aux mains de profiteurs sans scrupules. Il faut, pour cela, organiser l’Europe et non pas vouloir la casser, réfléchir, cesser de faire monter la peur et la haine – tout le contraire de ce que fait l’extrême-droite.

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