En un mot comme en cent, c’est un bras d’honneur que Mahmoud Ahmadinejad vient de faire à l’Onu. Détendu, jovial quasiment rigolard, en une seule conférence de presse, hier, à Téhéran, le Président iranien a répété que son pays continuerait ses opérations d’enrichissement d’uranium ; qualifié les institutions internationales de « pantins aux mains de quelques puissances » ; menacé de se retirer du Traité de non prolifération nucléaire ce qui donnerait à l’Iran toute liberté de se doter d’armes atomiques et ce n’est pas tout. Il a également tourné en ridicule l’idée de sanctions économiques en expliquant que ceux qui les proposent y perdraient eux-mêmes ; martelé que « le régime imposteur d’Israël ne pouvait pas survivre » fin de citation et, surtout, tué dans l’œuf les discussions que les Etats-Unis et l’Iran devaient ouvrir sur l’Irak en estimant, plein d’ironie, qu’avec « l’établissement d’un gouvernement stable » à Bagdad ces contacts n’étaient plus nécessaires. Si l’on résume, c’est « allez vous faire… », disons « voir », mais l’erreur serait de croire que ces provocations relèvent du délire. Elles sont, au contraire, parfaitement réfléchies, certes pas forcément sages mais très politiques. Mahmoud Ahmadinejad veut, d’abord, montrer qu’il n’ignore rien des difficultés qu’il y aurait à arrêter le programme nucléaire iranien et elles sont, en effet grandes. Il est impossible d’aller renverser le régime des mollahs car il est autrement plus solide que celui de Saddam Hussein et que les Etats-Unis sont déjà empêtrés en Irak. Des opérations aériennes seraient aléatoires non seulement parce que les sites iraniens sont souterrains et pas tous repérés mais aussi parce que l’Iran a des moyens de riposte en Irak, au Liban, voire en Europe et aux Etats-Unis. Quant aux sanctions, jamais très efficaces, elles auraient là pour premier effet de pousser les prix du pétrole à de nouveaux records et, en tout état de cause, ni la Russie ni la Chine n’y sont pour l’instant favorables. « Même pas peur ! », dit donc Mahmoud Ahmadinejad et cette posture a pour avantages supplémentaires, premièrement, de conforter sa position au sein d’un pouvoir où il a peu d’amis et, deuxièmement, d’attirer à l’Iran chiite la sympathie des populations des pays sunnites dont les gouvernements sont des alliés des Etats-Unis et se méfient de Téhéran. Tirades anti-israéliennes à l’appui, l’Iran veut se reposer en leader du monde musulman et tirer, au passage, le tapis sous les pieds des islamistes sunnites, ceux d’al Qaëda et des Frères musulmans avec lesquels il est en compétition. C’est de la haute politique mais ce Président ne voit pas que la répétition de ce genre de propos inquiète de plus en plus Russes et Chinois, fait de l’Iran un épouvantail aux yeux des opinions américaine et européenne et qu’il ouvre ainsi la voie à une opération militaire américaine. Le climat change à Washington. Le ton y monte. Ce qui était exclu il y a quelques semaines encore l’est de moins en moins et plus rien ne sera impossible sous quelques mois car l’Iran d’Ahmadinejad commence à vraiment faire peur. A force de calculs, cet homme entraîne le monde là où il vaudrait mille fois mieux qu’il n’aille pas.

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