Le monde a changé et continue de changer. Nicolas Sarkozy a eu raison de le rappeler d’emblée, hier soir, mais cela n’a pas que des conséquences économiques. Cela bouleverse aussi la scène politique internationale. Tout y est à repenser aujourd’hui mais, sur ce sujet là, le président de la République a été étonnement vague. A compter du premier juillet, demain matin, la France présidera l’Union européenne mais Nicolas Sarkozy n’a pas dit un mot ni de ce que seront alors ses priorités, ni de l’idée qu’il se fait de la place et du rôle de l’Europe en ce début de siècle, ni des rapports qu’elle devrait avoir avec son voisin russe, les Etats-Unis et le reste du monde. Ce silence était d’autant plus étonnant que, dès son élection et conformément à ce qu’il avait laissé pressentir, Nicolas Sarkozy a profondément modifié la posture diplomatique de la France. Il l’a rapprochée des Etats-Unis. Il a confirmé, au début du mois, sa volonté de lui faire réintégrer, au printemps 2009, le commandement intégré de l’Otan. Si ce président a introduit une rupture c’est bien sur ce point mais pourquoi l’a-t-il fait ? En se fondant sur quelle analyse ? En voit-il, déjà, des bénéfices et, si oui, lesquels ? Quels sont ceux qui seraient à venir et peut-on croire, surtout, que cette réintégration de l’échelon supérieur de l’organisation militaire de l’Alliance atlantique permettra, comme il l’espère, de lever le veto américain à l’affirmation d’une Europe de la Défense et de convaincre les plus atlantistes des Européens de se rallier à ce projet ? Si c’était le cas, son choix serait plus que plaidable mais il n’a pas même effleuré ces questions, pas plus qu’il n’a trouvé une seconde pour aborder la crise, une vraie, qui menace de tendre les relations entre les Occidentaux et Moscou. L’Ukraine et la Géorgie, deux anciennes Républiques soviétiques qui bordent la Russie, souhaitent entrer dans l’Otan. Les Etats-Unis et ceux des pays de l’Union qui avaient appartenu au bloc soviétique y sont favorables. L’Allemagne y est radicalement opposée. La France s’est ralliée à son point de vue, plus par solidarité, semble-t-il, que par conviction, mais qu’en pense Nicolas Sarkozy ? Qu’en pense-t-il sur le fond ? Considère-t-il, comme l’Allemagne, que priorité doit être donnée à la recherche, avec la Russie, d’un accord de stabilité et de coopération en Europe, ou estime-t-il, comme les Américains, qu’il ne faut pas reconnaître un droit de regard aux Russes sur les contours de l’Otan ? Le débat est ouvert. Il n’est pas secondaire mais la position de la France reste informulée et pour le reste… Nicolas Sarkozy a souhaité, en Chine, un dialogue avec le Dalaï Lama dont on n'a pas compris s'il est envisageable à ses yeux. Il a rappelé qu’une victoire des Taliban ne serait pas souhaitable mais n'a pas esquissé de stratégie pour contrer leurs succès. Il a redit son opposition à une entrée de la Turquie dans l’Union mais pas même fait allusion à son idée d’Union pour la Méditerranée et tout était à l’avenant sur sa politique étrangère, disert, passionné mais indéfini.

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