Ces scènes, chacun les a vues au JT ou peut aller les voir sur internet. Des manifestants syriens défilent, pacifiquement, sur une grande artère, en demandant la fin du régime en place et la liberté. Soudain, des balles crépitent, apparemment tirées du haut d’un immeuble. Des hommes s’écroulent, en sang. D’autres tentent de les relever et sont aussitôt pris pour cibles. C’est un carnage organisé et ces scènes sont devenues quotidiennes en Syrie où plus de 120 personnes ont été ainsi tuées depuis vendredi et plus de 350 depuis le début des manifestations il y a quarante jours. Une dictature sème froidement la mort. Elle multiplie, maintenant, les arrestations mais les condamnations internationales demeurent verbales sans que quiconque, nulle part, aucune capitale ni grande ni petite, ne réclame la convocation du Conseil de sécurité et le vote de sanctions contre ce régime. Les réactions restent prudentes, timorées en fait, et la raison en est double. La première est que, bien avant que ces manifestations ne commencent, les diplomaties européennes et américaine s’étaient fixé comme objectif d’éloigner la Syrie de l’Iran afin de casser, ou éroder, une alliance qui permet d’alimenter en armes et argent iraniens le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien. Dans leur désir d’isoler l’Iran et de le priver de ses relais régionaux, les Occidentaux s’étaient rapprochés de la Syrie où les Etats-Unis ont renvoyé un ambassadeur il y a peu et ils sont maintenant pris de court, ne sachant pas encore s’ils doivent renoncer à cet objectif stratégique ou s’y tenir, au contraire, en lui sacrifiant tout réel soutien aux manifestants syriens. Ce flottement est d’autant plus profond que, face à d’éventuelles sanctions, le pouvoir syrien pourrait être aisément tenté de susciter des troubles au Liban ou même d’inciter ses alliés du Hezbollah à faire monter la tension à la frontière nord d’Israël. C’est la seconde raison de la prudence occidentale car, surarmé et toujours très influent au Liban, le pouvoir syrien a les moyens de dissuader les grandes puissances d’exercer sur lui de vraies pressions. C’est pour cela que ce régime se sent à même de réprimer les manifestants avec une telle sauvagerie. « Vous ne reculez pas, nous non plus », leur dit-il, jour après jour, à coup de balles mais le fait est que sa détermination n’entame pas celle d’opposants toujours plus nombreux à descendre dans la rue dans un nombre toujours plus grand de villes alors même qu’ils savent ce qui les attend. Le courage de ces hommes est confondant, tout simplement héroïque, mais quel est leur espoir de l’emporter ? Il est, aujourd’hui, mince car ce pouvoir ne reculera devant rien et se durcira toujours plus, plus la contestation s’étendra mais toute dictature prend un risque à dresser contre elle l’ensemble de sa population. Quand des villes et des régions entières entrent en dissidence comme cela commence d’être le cas en Syrie, arrive un moment où même des affidés du régime ne suivent plus et font défection. Deux députés et un dignitaire religieux ont déjà démissionné. Si d’autres suivaient et si des militaires ne voulaient plus qu’on fasse d’eux les bouchers de leur peuple, le pouvoir syrien serait alors vraiment ébranlé.

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.