Réunis il y a dix jours à Istanbul, les grandes puissances et l’Iran s’y étaient quittés tout sourire. Discussions positives et encourageantes, avaient estimé leurs diplomates en annonçant qu’ils se retrouveraient le 23 mai prochain à Bagdad et l’Iran ne cesse plus, depuis, d’affirmer sa confiance en la fin d’une crise qui fait pourtant craindre que les armes ne parlent. La réunion de Bagdad marquera « le début de la fin du dossier nucléaire », déclarait hier encore le ministre iranien des Affaires étrangères mais la réalité n’est pas exactement cela.

Autrement plus complexe, elle est que les principaux acteurs de cette crise ont besoin de freiner l’escalade. Sérieusement essoufflés par les sanctions économiques internationales suscitées par le développement de leur programme nucléaire, les dirigeants iraniens hésitent sur la conduite à tenir. Les uns veulent croire que personne, et pas même les Israéliens, n’osera s’attaquer à eux, qu’il ne faut donc rien céder et poursuivre sans ciller les opérations d’enrichissement d’uranium qui leur permettraient de se doter de la bombe. D’autres sont plus inquiets, plus prudents, veulent jouer l’apaisement, et c’est ainsi que la République islamique a tout fait pour que des pourparlers reprennent à Istanbul et n’y a pas posé la moindre condition à leur poursuite.

Elle n’a demandé ni la levée des sanctions, ni d’engagement à ce qu’il n’en soit pas pris d’autres, ni même une reconnaissance de leur droit au nucléaire – au nucléaire civil évidemment puisqu’ils nient vouloir se doter de l’arme atomique. L’attitude des Iraniens était nouvelle et, bien qu’ils n’aient fait ainsi que gagner du temps sans prendre d’engagements propres à rassurer sur leurs intentions, les Américains en sont satisfaits car cela leur permet à eux aussi de donner du temps au temps.

A moins de six mois de la présidentielle américaine, un emballement de la crise iranienne serait embarrassant pour Barack Obama. Non seulement les Républicains s’en saisiraient pour dire que sa politique de la « main tendue » a été un échec mais une intervention israélienne contre les sites iraniens précipiterait les Etats-Unis dans un nouveau conflit puisqu’ils auraient à aider Israël à parer les ripostes iraniennes contre ses villes, que des attentats terroristes viseraient les Occidentaux et que nul ne peut dire où mènerait cette tension. Barack Obama ne veut pas de cela en pleine campagne électorale et, provisoirement bien sûr, ce qui arrange les Iraniens l’arrange donc aussi.

Dans cette étrange équation, Russes et Chinois convergent avec la convergence américano-iranienne car ils défendent le régime iranien tout en faisant pression sur lui. Peut-être en sortira-t-il une vraie détente mais, Français en tête, les Européens sont très sceptiques et craignent à la fois que ce répit ne permette aux Iraniens de franchir des pas irréversibles vers la bombe et que les Israéliens, mus par la même crainte, n’interviennent sans demander de feu vert à quiconque. Les Européens voudraient durcir les sanctions car ils y voient le seul moyen de vraiment calmer le jeu mais, contre l’Amérique, la Chine et la Russie, ce n’est pas eux qui décident.

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