C’est le jeune N°2 de la gauche italienne, Enrico Letta, 46 ans, qui a été chargé, hier, de tenter de former un gouvernement dans ce pays qui n’en a plus depuis deux mois. Bien que ses chances de coaliser la gauche et la droite semblent solides, on ne sait pas encore s’il y parviendra mais il est frappant de voir la manière dont il a voulu donner des gages à l’opinion et aux partis italiens.

« Il faut changer l’orientation des politiques européennes », a-t-il déclaré avant d’enfoncer le clou en estimant qu’en « Europe, les politiques d’austérité ne suffisaient plus ». C’était clair, c’était net. Non seulement Enrico Letta ne pense pas qu’on puisse aujourd’hui devenir chef du gouvernement italien sans se démarquer des politiques imposées par la majorité de gouvernements conservateurs qui pilotent en ce moment l’Union mais, s’il est désigné, sa voix s’ajoutera à celles de tous ceux, toujours plus nombreux, qui souhaitent que la zone euro investisse plus dans la relance de sa croissance.

Les temps changent tant en Europe que, lundi, c’était le président de la Commission, lui-même, le très orthodoxe et prudent José Manuel Barroso, qui lançait dans un colloque que « les politiques actuelles avaient, à bien des égards, atteint leurs limites car leur succès ne dépend pas uniquement de la manière dont elles sont conçues ». Aussi justes qu’elles soient sur le papier, voulait-il dire par là, elles doivent aussi pouvoir être acceptées pour réussir, bénéficier, avait-il dit, « d’un minimum de soutien politique et social ».

Cela revenait à constater que ce n’était pas le cas, évidence criante qui se vérifie chaque jour dans la crise et la paralysie politiques qui gagnent presque tous les pays européens. La situation devient tellement alarmante, l’austérité budgétaire ralentit tant l’activité et favorise tant une montée de la colère sociale et une radicalisation aux extrêmes qu’elle est désormais contestée de partout. Ce ne sont plus seulement les gauches de la gauche qui la dénoncent. C’est également les milieux financiers qui s’alarment des risques de récession, la plupart des économistes qui crient casse-cou, les Pays-Bas qui reportent des mesures de réduction des dépenses budgétaires, des patrons allemands qui voient la croissance faiblir dans leur pays parce que leurs exportations vers les autres pays de l’Union baissent, le FMI qui craint que la langueur européenne ne contamine l’économie mondiale et surtout, avant tout, les Etats-Unis qui savent que le redémarrage de leur économie ne pourra pas se confirmer si l’Europe ne suit pas.

Leur secrétaire au Trésor, Jack Lew, avait ainsi fait, il y a quinze jours, une tournée des capitales européennes pour y dire que l’Allemagne devait relancer sa consommation en augmentant ses salaires afin de permettre une relance des économies de l’euroland. Mme Merkel est de plus en plus isolée mais il est peu probable qu’elle lâche beaucoup de lest avant les élections allemandes de septembre prochain qu’elle compte gagner en se posant en défenseur des contribuables allemands. Rien ne devrait donc beaucoup changer d’ici là car, forte de la bonne santé de son économie, la chancelière peut résister, pour quelques mois encore à l’extension de cette contestation.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.